23224label / Get Physical Music

distributeur / PIAS

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dispo / 1




des mots // du son


Parmi tous les apprentis-chimistes qui ont tenté un jour de croiser dans leur électro les horizons cinématiques  des grands espaces à ceux plus palpables des dancefloor, peu sont parvenus à réellement faire prendre leur amalgame sur la durée d'un long format.  Booka Shade tente le coup à son tour avec The Sun & The Neon Light en restant fidèle au label teuton Get Physical Music (qui a une belle actu en ce début 2008, un 6° mix Body Language par Junior Boys, le nouveau Nôze). Et on sait depuis Movements que ce genre d'association donne plus dans les travaux pratiques que l'endoctrinement.

Ainsi, là où le sybaritisme synthétique de l'électronique de l'époque devenait, face à des titres comme Mandarine Girl ou  Pong Pang, aussi excitant qu'une discussion sur minitel rose ; là où, plutôt que d'éplucher leur "wiki-kamasutra", ils inventaient leurs propres positions, jou(iss)ant sur les longueurs, des miroirs au dessus des consoles, les Booka Shade décident de jouer une carte un peu plus cérébrale et intériorisée, un brin torturée aussi et moins fêtarde.  Objectif : laisser entrer l'abstraction dans le club. Un programme bien alléchant.

Si le sujet diffère, l'envie de faire bien, voire mieux,  est toujours là. C'est vrai, pourquoi se contenter  d'une sieste lubrique quand on peut s'éclater à projeter une vidéo porno sur le fond d'un aquarium géant grouillant de murènes (ah! Charlotte est tellement plus grande, plus chaude et canaille que la Fille Mandarine)? Quand on peut sonoriser un de ces décors naturels en friche, orphelin de son film, y faire souffler un vent flippant sous un soleil tombant artificiel (The Sun & The Neon Light, un titre fait de paradoxe pour une démarche qui en joue beaucoup, excellent), pourquoi se priver ? Ne pas se réfréner et développer, laisser filer quelques rumeurs (les respirations du final You Don't Know What You Mean To Me prennent aux tripes), les poussant à accaparer l'ombre, histoire d'y nouer quelques intrigues entre humains (Sweet Lies et sa naïve ritournelle vocodée) et arthropodes (le vrombissant et inquiétant  Planetary). Des ambitions à plus large spectre, donc. Et un engagement périlleux, parce que difficile à maîtriser sur 14 titres,  et pour lequel il devient primordial d'avoir en réserve de bonnes doses d'inspiration, sous peine de voir sa côte frôler le "5 contre 1." 

En admettant que cet écueil soit partiellement  évité (un morceau comme Psychaméléon a tout de même de bons relans de déprime post-paluchage), d'autres pointent à la surface  (ces voix, bien tentées certes, mais d'une neutralité déconcertante, les deux artistes se partageant le micro sans qu'on puisse en distinguer l'un de l'autre) et, faute par endroit de vraies intuitions,  sont même pris de plein fouet (les textes (!) de Solo City sont foncièrement obsolètes).

Après, au-delà de ces quelques écarts,  ce troisième essai garde malgré tout une certaine tenue, le fait surtout d'une production classieuse (au casque, l'intro étrangement appelée Outskirts est limpide), portée par de belles pulsations analogiques et quelques cordes bien placées (Dusty Boots. ). Mais malheureusement insuffisantes pour contrebalancer la déception d'avoir cru dans les quelques idées fortes avancées par le duo - recherche d'équilibre entre  mélodies calmes et rythmiques plus percussives, croisement des sonorités sèches et charnues, mélange d'introspection et d'exaltation festive (le drôle et déglingué Comacabana reste une belle synthèse de tout ça) - de les avoir pour ainsi dire désirées et de se retrouver au final avec l'impression d'avoir juste avalé une couleuvre des plus communes, de celles qu'on croise, souvent aplaties, au milieu de la route. Dommage.

(Retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)

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