61K0z0nJn3Llabel / Mute Rds

distributeur / Id.

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dispo / 1



des mots // du son


Étrangement, on a toujours su que Yann Tiersen allait finir par sortir ce disque...LE disque. Depuis qu'on l'a croisé chez Bästard, ou au côté de la tigresse Shannon Wright. On le sentait venir, le couronnement, le climax. Celui qui naît d'une somme, marque le pas d'une histoire riche en rencontres et plutôt que de faire table rase du passé, occupe l'espace laissé vacant.

Il en va de Dust Lane comme de peu avant lui (le Remué de Dominique A, le Isn't Anything de My Bloody Valentine, le Third de Portishead, ce style de baffe dans ta face) : à l'écouter, on n'hésite à aucun moment. Hop ! A la benne les pauvres niaiseries qu'on lui colle à la peau. Non, définitivement non ! Yann Tiersen, ce ne sont pas les valses sous la tonnelle et un invit' gratoss à Montmartreland ; ou plus seulement, lui qui pose là un sixième album d'une force sans commune mesure. Non, il n'est finalement pas aussi porté que ça sur le dépouillement proto-naïf et le bucolisme passéiste, lui qui rend ici une copie foisonnante et tellement novatrice. Et si ce multi-instrumentiste reste partisan des bricolages sonores maison, ce n'est assurément que par souci d'indépendance. Il préfèrera toujours l'isolement d'Ouessant à la rutilante fourmilière d'un studio high-tech, et c'est tant mieux.

Ainsi paré, et ma foi bien entouré - l'ex-Moneypenny, Gaelle Kerrien, les Franciliens de Syd Matters et Matt Elliott - le Breton affiche sur ces huit titres une inspiration renouvelée, en partie surement à la bienveillance du 3°œil du sieur Elliott mais aussi des suites d'une virée à Gaza, une expérience qui semble-t-il a laissée des traces (le sublime morceau Palestine en est une des plus saillantes). A cela s'ajoutant une volonté de densifier le propos instrumental et voilà donc entre nos mains fébriles une œuvre qui dépasse l'entendement et par là même toutes nos espérances.

Tiersen vient tout bonnement de mettre au monde le disque de nos rêves, mariant à l'envie, la grâce et l'intensité. La beauté d'un rock ténébreux et noisy qui s'étire à l'infini offrant un écrin magnifique à des envolées vocales d'un autre monde.
Je ne sais pas si ce disque en refroidira certain, peut-être? Qui sait ? En ce qui me concerne, me voilà chauffé pour l'hiver. Et à fantasmer Yann et sa bande défendant cet album sur scène, dans une tournée, soyons dingues, totalement acoustique, avec des chœurs et des cordes à gogo, je me dis que le brasier n'est pas prêt de s'éteindre.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Marseille)

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