crowley

label / Chemikal Underground

distributeur / Id.

contact / AC

 
 

des mots


Le premier morceau du nouveau Lp d’Adrian Crowley s’appelle Wish. Et de toute évidence, c’est bien un de nos souhaits qui vient d’être exaucé. Celui de voir cet artiste sortir de sa zone de confort où régnait jusque là une pop-folk un brin mélancolique, il faut l’avouer plutôt efficace mais peut-être un peu redondante depuis quelques années. Après, il n’y a pas grand chose à redire non plus sur la discographie du bonhomme. C’est du classieux ! Et, ma foi, ça continue de l’être sur ce Dark Eyed Messenger.

Alors, qui est donc ce génie sorti de l’ampli à lampe venu bousculer notre Irlandais dans ses habitudes ? Et bien, il s’agit de Thomas Bartlett, membre de Doveman au côté entre autres de Sam Amidon, pianiste chez les revivalistes irlandais de The Gloaming. Celui-là même qui, en son temps, vint réchauffer de ses blanches et de ses croches la noirceur des voix du tout Brooklyn, celle de Matt Berninger et son National en tête (un pote de tessiture soit dit en passant).

Propulsé maître d’oeuvre du huitième édifice de l’architecte Crowley, Bartlett est venu avec ses idées de production : moins de guitares, mais toujours des cordes, frappées dans un bain de réverb’ qui donnent une sensation de luxuriance feutrée à l’ensemble. Avec elles, c’est vers de nouveaux horizons que s’envolent les histoires surréalistes et spleenétiques du chanteur. Des histoires toujours hantées des même spectres, devant autant à la tristesse renfrognée de Thomas Hardy qu’à la noirceur gothique du Melmoth du Révérend Mathurin.

Ayant, à mon humble avis, définitivement soldé tous comptes avec la gloire promise, Crowley sort donc du bois serein, avec ce bouquet de onze roses noires. Cent fois caressées, cent fois humées, ce genre de fleurs, pop-songs poétiques et intimes, ont eu par le passé trop souvent tendance à se faner rapidement. Pas ici. Elles se surprennent, une fois de plus, à tressaillir, à vibrer, la voix et les mots troublants du crooner jouant à plein dans ce frémissement. Quel plaisir il a du prendre à sentir sa musique, devenue sans vouloir trop lui manquer de respect, un quelque peu frigide, vibrer à nouveau de la sorte. On ne le remerciera jamais assez d’avoir su ainsi faire (re)vivre cette sensation si douce. Celles des plaisirs inédits.

Alors, pour la musique, et surtout pour nous : merci l’Artiste !

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