vendredi 16 octobre 2009
Sam Karpienia "Extatic Malanconi"
label / DFragment Music
distributeur / L'Autre Distribution
contact / S[at]murdochspace.com
dispo / 1
des mots // du son
Avec Extatic Malanconi, Sam Karpienia (Gacha Empega, Dupain) revient avec Daniel Gaglione (mandole), Bijan Chemirani (percussions), Mathieu Goust (batterie), le trio qui l'accompagne désormais. Élégamment violente, évolutive et ardente, leur musique ne se donne pas au premier venu et sait malgré tout se faire apprécier.
On imagine facilement ce groupe cramer, décomposer et fignoler tout à tour sa substance musicale, pour concocter d'étonnantes recettes ambivalentes, débordant sans baver des cadres et des codes usuels. On sent là-dessus flotter d'exaltantes odeurs faites de révolte et de sensualité.
Sur le papier, avec ce trinôme mandoles-percussion-batterie, sans artifice électro-mes-couilles, difficile de ne pas penser à une musique contenue, contrainte même. Et pourtant, ce qui marque c'est cet espace de jeu que Karpienia parvient à dégager. De par son registre sonore et instrumental, le groupe sonne littéralement rock. Mais cette façon de l'appréhender comme un simple outil et un vecteur d'instabilité créative , comme une énergie en somme plutôt que comme une attitude, lui évite d'avoir à faire à de trop lourds carcans. Le rock n'est qu'un leurre qui sert leur musique à 100 %, un pion joué parmi d'autres; la langue - ici essentiellement le français, là où prédominait l'occitan - étant la pièce maîtresse. Une arme fatale appuyée de la voix éraillée de Sam, une voix d'une incomparable puissance - sans abuser de la brosse à reluire, franchement on a pensé tout au long de nos écoutes au grand Camaron, époque La Leyenda del Tiempo, dans cette façon si particulière de marier intonation d'écorché et instrus organiques.
Mais, si ce chant bouleverse, c'est avant tout par la poésie qu'il entonne et cette manière qu'il a d'être poussé dans ces retranchements les plus intimes. Un chant et une musique donc, , une sorte de free-rock pourvoyeur de transe, un alliage de forces et de convictions visant à écarter le superflu pour se dérober à l'ordre des choses : un élan élémentaire et essentiel qui forge l'esprit de ce disque.
Un album où l'on entend un groupe dévoiler des liens passionnants entre le goût de l'épure et la puissance, l'écriture et l'expérimentation, l'introspection et la liberté.
Sam et les siens s'offrent ainsi un nouveau commencement. Un drôle de pari et une bien belle histoire qui démarre. Extatic Malanconi, en est la pierre angulaire, l'"objet du délice"
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samedi 18 juillet 2009
Nevchehirlian "Monde Ancien, Monde Nouveau"
label / La Fabrique
distributeur / Underdog Rds
contact / N[at]murdochspace.com
dispo / 1
des mots // du son
Monde Nouveau, Monde Ancien est le nouveau projet du Marseillais Frédéric Nevchehirlian, un hyper-actif déjà croisé au sein de Vibrion et Jours. Un gars connu de nos services donc, et malgré tout, une fois de plus, la surprise est au rendez-vous.
Psychédélique et rock, poétique et brut de décoffrage, la sensation n'a d'égale que la force décuplée par ce groupe : Nevchehirlian (guitare et voix), Tatiana Mladenovitch (batterie), Christophe Rodomisto (guitare), Stephane Paulin (basse), Julien Lefèvre (violoncelle). A cette troupe, s'associent des invités de marque : Akosh S. (saxophone), Serge Teyssot-Gay (guitare), Marcel Kanche, Keyvan Chemirani, n'en jetez plus, on exulte ici !
Difficile effectivement de ne pas tomber dans l'éloge à outrance, mais comment faire autrement quand la preuve est ainsi faite qu'on puisse enfin dire sans sourciller qu'en s'asseyant sur les compromis , la qualité reste largement opposable à ce dégueuli musical qui nous inonde toujours un peu plus. Les faits sont là.
Oui, il est possible, avec de tels disques, à la fois intègres, indépendants, porteurs d'un vent de colère positive, de dépasser et d'envoyer bouler ces formes devenues immuables d'un quant à soi artistique qu'on ne prend même plus le temps de camoufler, se contentant juste d'en ériger des têtes de gondoles immondes.
Nevchehirlian est ce qui pouvait arriver de mieux au monde la musique moderne. On n'est pas peu fier que cela nous soit arrivé. Désormais, il ne tient qu'à vous de vous jeter dans ce chef d'œuvre salvateur.
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lundi 29 juin 2009
Loan "Gri-Gri breakers Vol.1"
label / IOT & DTC Rds
distributeur / La Baleine
contact / loan[at]murdochspace.com
dispo / 1
des mots // du son
Gri-Gri Breakers, nouveau projet de la djette Loan, travelleuse de choc. De ces "scènes", de Goa à l'Afrique de l'Ouest, en passant par toutes les free de France et du globe, elle en connait les moindres recoins et mieux que quiconque , sait ce que "jouer live" signifie.
Grosso modo, cette amazone du dancefloor nous propose là un brassage dubstep/breakbeat de haute volée. Dix-sept titres nés, entre autres, de ses voyages à travers le globe. Un album sans aucunes formes de compromission...oui, comme vous dites, c'est souvent le cas ces temps-ci avec IOT records (qui a eu le flair de la signer en coproduction avec DTC records).
Après voilà, c'est son premier opus, le démarrage tout ça, tu vois....faut faire ses preuves, pas chier sur le lab...aaaahhh ça va !! on rigole...C'est tout bonnement un putain de disque, qui s'épanouit à l'écoute (au casque si possible, ou alors, subbass à fond de caisson !!), un engin sonore où Loan, avec un à propos assez déconcertant, laisse la part belle aux collaborations.
Outre celles de renoms comme Rimshot d'Interlope, Pushy ! ou encore Dominique "Dumé" Poulet producteur pour Abraxxxas ou Laurent de Wilde, c'est surtout la rencontre avec des rappeurs sénégalais (Taf-Taf, Da Brains Mc, Black G, Nono...)qui crée la surprise et donne une autre dimension à ce projet de longue haleine.
Au coeur de ces confrontations artistiques, l'alliage Nord/Sud fait quelque peu du bruit. Des étincelles aussi. Si, si écoutez...Et vous verrez !
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mercredi 24 juin 2009
Anything Maria "Ep"
label / Autoprod.
distributeur / Autodistro
contact / AM[at]murdochspace.com
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Une nouvelle Polly Jean Harvey ? La prochaine Courtney Love ? ça va pas bien la tronche, non ? Suffit de tendre l'oreille pour reprendre ses esprits et capter que Sophie Gonthier aka Anything Maria, c'est plus que ces comparaisons de feignassses.
Tendre l'oreille, oui messieurs dames, et très vite vous verrez, enfin
vous entendrez. On s'agrippe , on s'acoquine même à cette voix qui
griffe, et mord en douceur, mais profondeur; à cette musique branque
qui vous tresse des colliers de nerfs en deux coups de manche de
gratte.
Des chansons félines, quatre sur cet Ep et autant de sursaut d'échine,
de la surprise, bonne, qui s'étire , envahit l'espace (le très bien
écrit The More I Fall - The More I Fly morceau fleuve) et file la chair de poule à décrisper le plus cocu des coqs. Et ouais, après tout pourquoi pas ?
Anything Maria, une amazone qui doit pas être bien vieille, 25
balais à l'état civil à tout casser. Mais ces piges-là ont dû compter
triple, vu la maturité affichée sur ce disque (l'habité Modern Lovers
est hallucinant). Un disque - vinyl aussi y parait - de fougue et
d'abandon, d'extrême pulsion et de sensualité toute crue. L'union des
opposés avec raccords apparents, des ligatures pour ainsi dire, de
celles qu'on rêve de faire craquer histoire de mater se qui se trame en
dessous.
Vivement la suite, nous v'la salement atteint là ! High Addiction, voila c'est ça !
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mardi 23 juin 2009
La Méthode "Les 99 Points Du Acké"
label / Saba Prod.
distributeur / Id.
contact / Méthode[at]murdochspace.com
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des mots / du son
La Méthode sort son premier album. Un disque au titre bien mystérieux, Les 99 Points du Acké, porté par quatre gars dans le Mistral : Mister B.za, Kirikoo, K-méléon et Monock.
Avec ces gaziers-là on est loin très loin des clichetons "Rap de
Cailleras" et autres "bling-blingueries" fétides. Positives vibrations
en bandoulière, ces mecs sont là pour foutre un Maximun
de bordel, en toute simplicité, avec ce second degré qui fait que le
hip-hop est malgré toutes ses dérives encore et toujours un art debout.
Rien que pour ça ils en valent la peine. Et ça ne s'arrête certainement
pas là.
Ce combo est remarquable par la folie débordante qui l'habite (on pense aux premiers pas du Saïan époque KLR) et on est à peine surpris de trouver Dj Vadim derrière une instru (Maximum, un morceau qu'il a d'ailleurs intégré à son dernier album U Cant't Lurn Imaginashun signé chez les classieux BBE Rds). Le Russe qui en remet une couche en terme d'énergie et d'esprit foutraque, l'âme slave quoi !
Tout ça pour dire qu'avec ces 17 titres, La Méthode,
en met une en œuvre tout à fait singulière, faite d'humour et
d'engagement, de fête et de punchlines à renverser du char d'assaut.
Une approche qui n'appartient qu'à eux, et qui ne pourra vous laisser
sans réaction.
Oui, un premier jet et déjà ça pue la réussite. Vont finir par en énerver quelques-uns ceux-là. Méfi !
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live in Marseille)
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mardi 28 avril 2009
Nitwits "Le Marécage de la Mélancolie"
label / Autoprod.
distributeur / Autodistro.
contact / N[at]murdochspace.com
dispo / 1
des mots // du son
Au même titre que Watine, il n'y pas si longtemps, les Nitwits
sont de ces groupes qu'on aime suivre à la trace. A la différence près
que ce coup-ci c'est plutôt grâce au son dingue d'une basse pétaradante
qu'on a retrouvé leur route.
Le Marécage de la Mélancolie , leur nouvelle sortie est tout ce
qui a de plus ravageuse : bruit et fureur déclinés en douze titres dont
la production chiadée - ça nous change un peu là - , pousse le bouchon
encore plus loin dans la boucherie sonore.
Rageurs et toujours aussi bouillants, les Nitwits
sont certainement parmi les plus beaux défenseurs d'une forme
malheureusement trop marginale d'exercice musical, une pratique extrême
qu'on se plait à appeler le "Tabula Rasa" ou la technique de la
torchère à cérumen, un geste sanitaire de premier ordre donc, et la
possibilité offerte à nombre de représentants en appareils auditifs et
autres prothèses de sortir de la crise.
Si vous ajoutez à la note que les quarante deux minutes montre en main
de ce dernier opus, véritable carnage sonique s'il en est, sont dignes
des plus beaux fracassages neuronaux depuis l'intronisation de la fée
Electricité au cœur en fission terminale du cirque rock'n'roll (il
suffit de se ramasser l'enchaînement Sgt Rosco / Wild Cat
en travers de la gueule pour s'en convaincre), et vous conviendrez
qu'il faudrait être un brin niais - ou déjà sourdingue, ce qui nous
pend au nez à continuer d'écouter des trucs pareils hé hé ! - pour ne
pas apprécier toute l'"ouverture" d'esprit dont ces jeunes gens
modernes sont capables. Je vous le dis ça promet !
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Mars')
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mardi 31 mars 2009
Abraxxxas "Electron[s]"
label / IOT Rds
distributeur / id.
contact / Abrax[at]murdochspace.com
dispo / 1
des mots // du son
Abraxxxas revient après trois ans d'absence, du moins des bacs, avec son deuxième opus, signé chez les géniaux IOT records, label marseillais de qualité (jetez une oreille à leur Mongolia Expedisound, road trip musical ramené des steppes, remarquable).
Variant les plaisirs, notre MC part une fois encore au combat avec
cette fois-ci une armada de quatorze producteurs - rien que ça - et
quelques featurings de qualité dont entre autres, l'exalté Nikkfurie de La Caution (dont on attend le prochain Lp avec impatience).
Le résultat ce sont les seize titres d'Elektron[s],
entre rap, drum'n'bass et dubstep . Un rendu brut de décoffrage,
conscient et rugueux comme on aime. Il faut dire que l'expérience du
lascar n'est pas innocente dans les choix et l'approche privilégié ici.
Une décennie d'activisme à écumer les scènes hip-hop bien entendu, mais
aussi les teknivals et autres free partys du globe sont effectivement
une bonne base d'inspiration et d'influences.
En donnant cette couleur foncièrement électro et fortement politique à son disque, Abraxxxas
fait preuve d'un certain détachement quant au nombrilisme latent du
rap, une distance prise en tant qu'artiste qui en fait un personnage à
part. Chose tout à fait saugrenu quand on sait d'où ce mouvement prend
sa source.
Mais plutôt que de vous refaire un cours de géopolitique rapologique,
on vous conseille de vous plonger dans cet album sans fioriture ni pose
stylistique, puis d'écouter le bonhomme et sa rage - cette"colère
créatrice" qui collectivement soulèvera un jour les monceaux d'ordures
et d'injustice qui nous enserrent. Lui y croit, et nous donne envie
d'en faire autant.
Carton plein !








