L’Oreille de Moscou

Une émission du Front de Libération de la Bande Fm

mardi 7 juillet 2009

Svarte Greiner "Kappe"

23391label / Type Rds

distributeur / La Baleine

contact /SG[at]murdochspace.com

dispo / 1



des mots // du son


Svarte Greiner est l'une des entités qui avance masquée - à l'instar de cette photo de pochette  dont il est également l'auteur - émanant du cerveau apparemment bien irrigué du  Norvégien Erik K. Skodvin. Un énième double pour celui qui officie déjà au sein du duo Deaf Center, et gère à ses heures depuis Oslo le label Miasmah (Encre, Jasper Tx, Paavoharju).

Kappe est sa deuxième sortie pour Type Records (un label qui a signé Julien Neto et son magnifique Fumeur de Ciel ou encore Midaircondo), un opus bien plus court que Knive, le précédent,  mais tout aussi sombre et tourmenté. Oscillant entre doom et ambient, l'expérience auditive reste ici des plus imagées. On pense alors à certains travaux de Xela, et plus récemment de Volcano The Bear (le démentiel Amidst The Noise And Twigs). Faisant la part belle aux pièces de violons et violoncelles, avec en contre point l'intervention du saxophoniste Kjetil Moster (membre d'Ultralyd et croisé dernièrement sur l'excellent Futuro prochain Lp chez Rune Grammofon des Low Frequency In Stereo), la cinématique de ces quatre titres est pour ainsi dire prenante. Au sens propre du terme s'entend. Entre inquiétude et pulsion de terreur, la frontière est très fine, et c'est bel et bien les tripes nouées, pris à la gorge, qu'on évolue dans ce dédale ahurissant de drones, perclu de distorsions obsédantes. On aura connu plus bucolique comme aventure, et c'est bien de cela qu'il s'agit. Un évident périple. En terre hostile.

La succession hallucinée d'images mentales arachnéennes, que procure une écoute prolongée, au casque notamment, de ces trois quart d'heures d'imprécations soniques n'est effectivement pas de tout repos (le Lychéen Candle Light Dinner Actress vous obligera certainement à regarder quelques fois derrière vous, au cas où). Oui cette musique inquiète, ces atmosphères pernicieuses et asphyxiantes, glauques parfois (avec le vrillé Tunnel Of Love on est plus loin des beatnicks que d'une chute libre dans des catacombes) apparaissent presque toxiques, aliénantes même (le trop long et très bien nommé Where Am I vous tournera les sens à force d'échos), mais étrangement, exaltantes à outrance pour le cortex (ces murmures drogués dans le vrombissement de Last Night, ouch !).

Une lente et profonde approche de la noirceur, stimulante mais dangereuse pour qui la tenterait sans précaution. Un cap périlleux à franchir. Alors, méfiance.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)

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Yagya "Rigning"

23382label / Sending Orbs

distributeur / id.

contact / Y[at]murdochspace.com

dispo / 1



des mots // du son


Rigning, dernière sortie du label néerlandais Sending Orbs et troisième opus de Aðalsteinn Guðmundsson alias Yagya, signifie "la pluie" en Islandais, l'idiome d'origine de l'artiste. Et lorsque s'ouvre ce disque on sent effectivement à l'heure de gratter quelques mots pour ce billet qu'on tient, une nouvelle fois, un album de saison.

Dès la première écoute, une moiteur enveloppante doublée d'une sourde langueur, toutes à la fois redoutées et attendues, dont l'idée même nous habite en fait depuis des mois maintenant, s'immiscent là dans le réel d'une matinée hivernale et pluvieuse. Au fil de ces morceaux, dix chiffres pour dix titres qui ne font qu'un, coulants (Tíu), ruisselants, inondants même (on sent la ville calmement noyée sur Fjórir), Yagya donne, entre mélancolie vaporeuse et frissons de bonheur, mille et une raisons de rester cloîtré chez soi, un casque audio rivé sur les oreilles.

Techno minimale éthérée tout en profondeur  (þrjú et l'orageux Sjö), dub organique (Ein) et lavis ambient contrasté et gracile (l'enchaînement à mi-parcours de Fimm et Sex est bouleversant de finesse) se relaient alors pour tisser la toile de fond d'une promenade mentale quasi métaphysique au creux d'un monde envapé où chaque son, feutré (omniprésence des basses roulées dans la ouate) et aqueux, vous donne l'impression d'être en totale sécurité. Dans une vague incessante  de désirs optimistes, ressac vertigineux et inlassable de chaleur amniotique, on est comme poussé à éprouver différemment cet entrelacs personnel de situations minuscules et tordues dont l'existence est parsemée.

Rigning décline ainsi en dix mesures, une musique sans paroles et poétique, entre spleen et idéal, porteuse d'une certaine forme de sagesse et d'insouciance forgeant un respect sans fard vis à vis de ce personnage à part, Yagya, qui donne là toute l'ampleur de son talent. Avec grâce et humil(d)ité.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)

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Posté par Manooch à 12:58:00 AM - T.M.P.C.P. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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mercredi 24 juin 2009

Michael Santos "The Happy Error"

front_cover_karu11label / Baskaru

distributeur / Id.

contact / MS[at]murdochspace.com

dispo / 1


des mots // du son


L'Anglais Michael Santos sort The Happy Error sur le très pointu label français de musique expérimentale et électronique Baskaru (Yoshida Mashida, Lawrence English).

Une sorte de carte postale envoyée d'une contrée que lui seul connait. Une missive qui ne nous renseignerait que sur l'atmosphère qui règne là-bas : des ambiances tomenteuses, englobantes dans lesquelles se lover seraient une coutume locale.

Sans plus de détails, on part voir se qui se trame dans ce pays fantasmé qui se révèle n'être en fin de compte que l'ouvroir du sieur Santos, fait de vagues flux sonores calmes et nébuleux. En place dans cet endroit sans paroi, rien moins qu'un coin de cerveau à ciel ouvert qu'on nous laisserait librement arpenter, la musique fait son œuvre, en onze titres ambients aux consonances mélodiques faites d'accidents numériques et de triturages d'instruments par ordinateur interposé. Elle s'entremêle calmement à nos membres, et en autant de ramifications synaptiques vient par immixtion télescopique coloniser notre propre cortex.

Faisant alors corps et âme avec les lieux, l'ouvrage de l'artiste se révèle être plus intrusif que prévu; la peur de ne pouvoir s'en défaire gagnant, on craint d'avoir fait une erreur en ayant répondu à la bafouille de notre hôte, pour en arriver à l'évidence que si on s'est trompé ce n'est que pour quelques minutes de bonheur supplémentaire.
Et plutôt que de cracher dans la soupe, on s'apaise et on remet le disque dans la platine, encore et encore.

 

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mardi 23 juin 2009

Koen Holtkamp "Field Rituals"

koen_holtkamp_field_ritualslabel / Type Rds

distributeur / La Baleine

contact / KH[at]murdochspace.com

dispo / 1



des mots // du son


New Yorkais d'adoption, Koen Holtkamp est comme son nom résonne, néerlandais. Voila les présentations étant faites - bah fallait bien le prendre par un bout - venons en au cœur du sujet.

Si vous êtes amateur de guitares traficotées par ordinateur interposé, de musiques aux teintes pastorales mêlées de fields recordings et de quelques sonorités acoustiques elles aussi remaniées, alors bienvenus chez Koen.

Échappé en solitaire du duo Mountains - autres férus de cet esprit naturaliste et onirique -  ce doux rêveur sort Field Rituals sur le très pointu label Type Records (Midaircondo, Svarte Greiner, Xela, Grouper...). Un album où chaque titre inonde le suivant, comme ces fontaines dans les jardins japonais où le fil de l'eau court de rigoles en bassins dans un flux continu et tranquille.

S'inspirant alors du travail de Brian Eno - époque ambient - et en incorporant de subtiles variations instrumentales, Koen donne à voir autant qu'à écouter, avec une grâce sans pareil. Rien que pour ça on se devait de lui tirer notre chapeau. Hop, c'est fait !



des images


Koen Holtkamp @ Electronic Church, Berlin from Stephane Leonard on Vimeo.

Posté par Manooch à 10:13:00 PM - Les Espionnés - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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