vendredi 27 novembre 2009
Your Happy End "7 Windows for 6 Dreams"
label / Booster
distributeur / id.
contact / YHE[at]murdochspace
dispo / 1
des mots // du son
Your Happy End sort Seven Windows For Six Dreams,
douze titres faits de confrontations stylistiques, nés de deux univers
à priori éloignés, deux mondes , ceux de chacun des protagonistes de ce
duo. d'un côté Aurélien et son goût de la mélodie, de l'autre Guillaume
et son sens du beat, sa fibre hip-hop.
Une opposition de genre sur le papier qui tournent à l'alchimie fantasque pour un disque au contenu étincelant.
Pour son premier jet, nos deux Havrais ont tapé juste, captivant
l'auditoire de bout en bout d'un album riche en rebondissements.
Tout en ayant pu laisser libre court à une inspiration qu'on pressent
effrontément débordante, ils vont errer sur les terres expérimentales
de Radiohead et Mùm
avec quelques plages folk mâtinées d'une ambient de toute clarté, ou
croiser au large de la planète hip-hop, tendance cinématique.
Un bien bel amalgame et ma foi un disque de grande qualité. Une nouvelle affaire à suivre de très près en somme.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Marseille)
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samedi 12 septembre 2009
In The Club "Seduce'n'Destroy"
label / Temps d'Avance
distributeur / Discograph
contact / ITC[at]murdochspace.com
dispo / 1
des mots // du son
Un dangereux gang parisien a décidé de bousiller les dancefloors d'ici et d'ailleurs.
Une unité de quatre déglingués , quelques proches des MGMT et Interpol aux manettes, pour l'enregistrement d'un premier album pas dégueux du tout. Et le sentiment qu'on peut encore être punk proche du Gang Of Four comme en 1979 ou "électroniqué" comme aujourd'hui ou les deux à la fois comme après demain.
Seduce'n'Destroy est là pour nous faire rêver à ces fiestas de tous les diables, acides et sans fins, auxquelles on osait plus tellement penser. Loin de révolutionner le genre - les Strokes et le Franz Ferdinand ont mis les doigts dans la prise y'a un bail maintenant - In The Club a le mérite de croire en ce qu'ils font.
Remonté comme des pendules, ils arrivent en ville avec la ferme intention de la retourner de fond en comble. Des coups de basse atomique et une voix à faire se pâmer les plus frigides d'entre nous déchirent des morceaux qui malgré tout ce ramdam restent hautement mélodiques, nés pour la danse, cousus de transe.
Oui, bienvenue dans le club. N'hésitez plus, ne réfléchissez plus non plus , et profitez donc de cette foutue kermesse hédoniste autant que jouissive.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Mars')
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mardi 7 juillet 2009
Susumu Yokota "Mother"
label / Lo Recordings
distributeur / La Baleine
contact / SY[at]murdochspace.com
dispo / 1
des mots // du son
Susumu Yokota voyage à travers le monde de la musique électronique depuis bientôt quinze ans. Avec une bonne vingtaine d'albums à son actif, il en même un des plus dignes portes-paroles. Un titre honorifique a prendre au premier degré en ce début d'année , avec la sortie de Mother, sa dernière production en date.
En effet, on le connaissait magicien ambient et héraut house (ses travaux pour Leaf et son copinage avec Rothko en attestent), adepte des performances artistiques (son ouvrage deep techno, Triple Time Dance autour des rythmes à trois temps), on le retrouve chez Lo Recordings en artisan du mot, sur la quasi totalité de cet album (seul Warmth, solo de piano en chambre d'écho, étant exclusivement instrumental).
Accompagné d'une kyrielle d'invités (entre autres personnes Caspar Clauser d'Efterklang, Ana Bronsted des Our Broken Garden ou encore Claire Hope et Panos Hikas des The Chap), le producteur japonais leur apprête toute une série d'ambiances complexes et synthétiques, sans autre effort que celui d'essayer de faire exister pleinement ces voix, dans une sorte de quête harmonique délicatement désuette (la bossa lounge à la Antena de Love Tendrillses), sobre et variée (beau panel du tryptique poptronica Breeze/A Ray Of Light/A Flower White chanté par la Mancunienne Nancy Elizabeth déjà croisée chez James Yorkston et Tunng).
Ces chants, Yokota les fait sien et les parent d'une poésie toute en préciosité pop et spleenétique, d'une légèreté électro feutrée et naïve, jamais niaise (exception faite peut-être de The Natural Process et ses vagues de synthés dégoulinantes).
Ainsi, Mother regorge d'une matière à la fois dense et légère (12 Days 12 Nights), déphasée et séduisante (le "Wyattien" Suture et sa toile de fond en douces nappes numériques), mystérieuse et susurrée (le Dale Cooper de Twin Peaks aurait adoré Meltwater), le tout sans que rien ne puisse assombrir ce goût du détail, entre impromptu et silence, réverbs étranges et sonorités rémanentes (on pense alors aux Cocteau Twins, c'est indéniable et pas très grave).
Un beau moment de dérive mélancolique où trouver un peu de chaleur et se lover. Oui, c'est ça, comme dans les bras d'une mère aimante.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)
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lundi 27 avril 2009
Watine "B-Side Life"
label / Cat Gang
distributeur / id
contact / W[at]murdochspace.com
dispo / 1
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Quelle joie de retrouver Catherine Watine avec ce deuxième opus, B-Side Life, suite attendue de son Dermaphrodite, sa première sortie en solitaire.
Un disque qui prolonge le travail de l'artiste en dix titres de bruits
tendres et de mots susurrées avec cette grâce grave qui nous l'a fit
comparer à l'époque à une certaine Nico. Oui, carrément. Et franchement, on persiste et on signe.
Un album au fronton duquel flottent des mélodies littéralement
aphrodisiaques, touchantes autant que sensuelles. Et, entre piano et
cordes effrontées, cette voix qui transporte plus loin qu'on ne croit.
Sans fard, avec ce sens de l'essentiel qui lui va si bien, une voix qui
donne largement plus que ce qu'on pensait trouver. Au-delà du plaisir
simple d'une écoute apaisée, Watine nous offre un moment de quiétude
rare, celle de ces instants passés à repenser à hier, avec en
filigrane, dans un dernier souffle, la possibilité immédiate et
délicate de trouver des lendemains aux contours un peu moins
contondants et solitaires. Et si finalement le bonheur n'était rien
d'autre que ça ? Une promesse, comme une lente dédicace...elle et nous,
pour toujours.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Mars' )
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samedi 8 novembre 2008
Populous & Short Stories "Drawn In Basic"
label / Morr Music
distributeur / La Baleine
contact / Popu[at]murdochspace
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Publié chez les Berlinois de Morr Music, sous le pseudo de Populous, Andrea Mangia croise, sur Drawn In Basic, ses premiers amours électro et abstrait avec de nouvelles données plus folk et soul.
Un album, son troisième, qui navigue toute voile dehors sur ce lac malicieux qu'on appelle Pop. Un rafiot où Mangia , associé au chanteur Short Stories, est à la fois l'amiral et le clando à fond de cale, le commandant de bord et le mécano.
16 titres polyphoniques, qui ont de prime abord du mal à se trouver, résonnant les uns contre les autres mais qui au final trouve leur place, forme un amalgame plutôt solide. Alternant intermèdes instrumentaux et plages chantés (l'apport de la voix de Short Stories est indéniable), Drawn in Basic fait la part belle aux guitares saturées noyées dans le coton (on pense immédiatement au Siamese Dream des Smashing Pumpkins), aux synthés aux sonorités chaudes et embrumées, au cœur d'une production soignée, sinueuse et analogique.
Se dessine là une esquisse simple (dans l'esprit coloré et enfantin de la pochette du disque), au service d'une vision subjective de la pop, qui l'amène (parfois malgré elle, des morceaux comme Raimondo ou Royal Gold dérapant un peu dans l'onirico-kitsch) à s'engager sur une voie où mélancolie et fausse naïveté restent les seules balises en état.
Une approche aussi improbable qu'efficace qui tout n'en ayant rien de prophétique ou avant-gardiste s'apprécie pour ce qu'elle est : sincère et bien tournée.
(retrouvez cette chroniques chez nos amis de Live In'Marseille et VoxpopMag)
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mardi 30 septembre 2008
Bell "s/t"
label / Autoproduit
distributeur / Import
contact / bell[at]murdochspace
dispo / 1
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Olga Bell est d'origine russe et vit à Brooklyn. A l'écouter chanter avec cette nervosité rentrée, comme prête à jaillir à l'improviste, nous voilà replongés dans de drôles de souvenirs. Les premiers échos d'une voix venue du Grand Nord, Björk débarquait dans notre quotidien et avec elle ce sentiment de toucher à quelque chose d'essentiel. La découverte de Bell n'est ni plus ni moins que ça, une rencontre importante.
Ces mélodies vocales renversantes de chaleur (Housefire et ses airs de My Brightest Diamond), ce goût des harmonies irréprochables (The Miner) vous embobinera sans coup férir. Et quand on pense que ce n'est là qu'un 6 titres que l'on tient entre les mains, ça en devient presque flippant.
Cet Ep porte une musique accrocheuse et légère, céleste par moment, idéales pour flâner à deux sans but comme pour les rêveries solitaires d'un soir. Magique.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Marseille)
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mardi 5 août 2008
Hiks "Drum'n'Breizh"
label / Aztec Musique
distributeur / Coop Breizh
contact / hiks[at]murdochspace.com
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des mots // du son
Voilà bien deux ans que Hiks avance sur le folklore ambiant, regardant la tradition droit dans son futur. Hiks est de ces groupes qui n'ont pas besoin de dire ce qu'ils sont, ni qui ils sont pour qu'au fond on le sache vraiment. Il marche sur un chemin qu'eux-même défrichent au cœur d'une campagne coincée entre ses pulsions novatrices, ses envies de modernités et ses racines sans âges, traversant des hameaux jusque là déserts, aux lucarnes voilées, où sont tapis des âmes, vives et frémissantes qui depuis trop longtemps, ne demandaient qu'à se lever et courir les routes comme eux... avec eux. Pas question de fuite ici, ni de quitter les lieux mais bien de découvrir de quoi il en retourne, de quoi on est encore capable.
Pour ça, les gars de Hiks sont attendus maintenant, tous ceux qui ont entendus résonner les 10 mesures de Drum'n'Breizh, leur 1° opus, connaissent la musique, accros dorénavant à ce son sous influences. Une longue phrase souple comme du lin, douce comme les fêtes de la nuit, intrusive jusqu'à déclencher la plus intime des violences. Une phrase psychotrope, où bombardes, guitares et violon sont sertis de joyaux électro, basses vrombissantes et mots scandés en phrasé hip-hop, autant de parures chiadées, trophées d'orfèvres posées à même le front de gueux ivres de joie...Oui, tous y auront droit, un cadeau lancinant et brutal, qui bercera autant qu'il porte, soulève les foules.
Drum'n'Breizh est de cette force là, entier et volontaire, ancré ici et pourtant déjà là-bas, quand d'autres peine encore à démarrer. D'une puissance évocatrice rare , jaillissant toute entière de leur souffle, de leur doigts, cet album est un voyage sans retour, tout en glissements et extrapolation musicale, refrains et gammes biseautées où les bémols fumasses côtoient sans gêne des arpèges renversant d'électricité, à vous décoller la plèvre, vous dépuceler le cœur (Monts Tarrés, un sommet).
Travaillée jusqu'à la plus extrême des épures (un gros boulot de production en somme, exemplaire sur Branle Menu), cette musique ne fait jamais dans la linéarité simpliste, au contraire, en courbes et volutes irisées, c'est au plus près du battement de vos cortex qu'elle fonctionne, vous envoyant danser au-dessus d'un gouffre qui cache bien son nom (Moria). Et de ricochets en battements de plancher, vous extirpe de la réalité famélique du moment, cette menace qui ne se tait jamais, celle qui ne sait que dessiner des contours à la vie, poser des cadres et dicter à chacun ce qu'il est convenable de faire (Androgyne, intro cinématique aguicheuse au possible).
Non, Messieurs, Mesdames, Hiks ne donne pas dans ce genre de râtelier, et le prouve avec cette sortie, défendue becs et ongles sur scènes - il faut les voir partir au charbon, ce combat est magnifique - posant les jalons d'une route que l'on arpente sans se retourner, au bout de laquelle on sait qu'on finira bien par arriver tout de rage purgé, exténué, en sueur, les yeux trempés...mais bien vivants. Vivants et debout, oui c'est ça !
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Mars')
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jeudi 31 juillet 2008
Debmaster "Marvelous Dump"
label / Hip Notik rds
distributeur / Abeille Musique
contact / deb[at]murdochspace.com
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A vu de nez, comme ça, la dernière fois qu'on a vu le mot "marvelous" sur une jaquette de disque c'était à Emmaüs, sur un très vilain disque de Billy Crystal (You look Marvelous... ouch !), oui le petit frisé qui rencontra Sally. Ce qui n'a rien à voir avec notre affaire.
Enfin presque : contre toutes ces musiques à l'haleine de poney, refoulant du refrain jusqu'à rancir du gimmick, ce deuxième album de Debmaster peut radicalement servir de remède à tant de morosité. Un sérum au menthol, en bombe aérosol. Frais et sous pression.
Peu concerné par l'activisme un brin consternant des gardiens de chapelles et autres chantres du communautarisme musical, qui le classaient définitivement dans le rayon "beatmaker hip-hop", le Deb profite de cette absence de contraintes pour tenter quelques expérimentations et jongler avec ses trouvailles. Marvelous Dump est la concrétisation en 15 titres de ces acrobaties supersoniques.
En effet, le successeur du déjà excellent Monster Zoo frétille sous une montagne d'idées toutes plus cintrées les unes que les autres.
Entre l'envie d'un meneur de revue obsédé et l'entrain d'un M. Loyal survitaminé, ce braqueur de beat fait défiler toute une ribambelle de glitchs malins et de parasitages aliénés dans une ambiance fiévreuse, lourde de basses, laissant moins d'espace aux featurings ( le trio Existereo, Innaspace et Phever est insurpassable dans sa cavalcade effrénée derrière l'instru fumasse de Cold Crush).
Sans fioritures mais tout en foisonnement, cette palette sonore reste bien loin de ce que la campagne angevine, terre d'accueil de notre héros, semble porter comme source d'inspirations. C'est du moins à espérer pour les gens du coin, tant tout y est déglingué et tourmenté, un peu anxiogène par endroit.
Et dans ces registres, Debmaster n'a économisé ni sa peine, ni ses effets.
Dispendieux comme jamais - ce qui est tout à son honneur - on peut lui reprocher cependant d'oublier parfois de nous exposer suffisamment longtemps le fruit de ses illuminations (Pimp Time et Hell Sping nous laissent sur notre faim), de nous ménager des plages d'adaptation à l'explosion incessante de ces morceaux électro-surprises (la crasse de GS Warriors ou la voracité suave de FTP ne nous préparent à aucun moment ni au cybernétisme crétin de T'inquiète ni au final funambulesque et ascétique de Joakim In A Tree). Ça ricoche beaucoup, de partout et on craint, à la première écoute, de voir cet opus grouillant s'étouffer dans son trop plein d'idées.
Seulement voilà, à la longue cette mixture sonore, compote hétéroclite coupée aux amphétamines (substances dont The Mole a certainement dû abuser pour assurer son flow sur la bastonnade au hachoir de Suicide City), occupe le cortex, y prend des couleurs dont les nuances font saliver, transpirer (le furieux Crash Your Sport Car), arrachant allègrement les sens (comment se relever indemne de ce Superman, orgie 8-bit tentaculaire et abrasive) au moins tout autant que celles qui enluminent le spectaculaire artwork de ce joyeux foutoir.
Un foutoir, soit dit en passant, tout à fait relatif, où l'incohérence n'aurait plus sa place, où la mise cul par dessus tête de l'auditoire deviendrait une philosophie à part entière, et son instigateur, le porteur azimuté d'une vision certes déroutante, mais hautement maîtrisée.
Une variante dadaïste du beat-making en somme, faite d'exaltation sombre et enfantine, d'un éclectisme quasi obsessionnel associé à une absence totale de considération pour les conventions, le tout forgeant une remarquable soif de liberté, et surtout, une irrépressible envie de foutre le bordel. Merveilleux, le bordel.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)
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dimanche 27 juillet 2008
Booka Shade "The Sun & The Neon Light"
label / Get Physical Music
distributeur / PIAS
contact / BS[at]murdochpace.com
dispo / 1
des mots // du son
Parmi tous les apprentis-chimistes qui ont tenté un jour de croiser dans leur électro les horizons cinématiques des grands espaces à ceux plus palpables des dancefloor, peu sont parvenus à réellement faire prendre leur amalgame sur la durée d'un long format. Booka Shade tente le coup à son tour avec The Sun & The Neon Light en restant fidèle au label teuton Get Physical Music (qui a une belle actu en ce début 2008, un 6° mix Body Language par Junior Boys, le nouveau Nôze). Et on sait depuis Movements que ce genre d'association donne plus dans les travaux pratiques que l'endoctrinement.
Ainsi, là où le sybaritisme synthétique de l'électronique de l'époque devenait, face à des titres comme Mandarine Girl ou Pong Pang, aussi excitant qu'une discussion sur minitel rose ; là où, plutôt que d'éplucher leur "wiki-kamasutra", ils inventaient leurs propres positions, jou(iss)ant sur les longueurs, des miroirs au dessus des consoles, les Booka Shade décident de jouer une carte un peu plus cérébrale et intériorisée, un brin torturée aussi et moins fêtarde. Objectif : laisser entrer l'abstraction dans le club. Un programme bien alléchant.
Si le sujet diffère, l'envie de faire bien, voire mieux, est toujours là. C'est vrai, pourquoi se contenter d'une sieste lubrique quand on peut s'éclater à projeter une vidéo porno sur le fond d'un aquarium géant grouillant de murènes (ah! Charlotte est tellement plus grande, plus chaude et canaille que la Fille Mandarine)? Quand on peut sonoriser un de ces décors naturels en friche, orphelin de son film, y faire souffler un vent flippant sous un soleil tombant artificiel (The Sun & The Neon Light, un titre fait de paradoxe pour une démarche qui en joue beaucoup, excellent), pourquoi se priver ? Ne pas se réfréner et développer, laisser filer quelques rumeurs (les respirations du final You Don't Know What You Mean To Me prennent aux tripes), les poussant à accaparer l'ombre, histoire d'y nouer quelques intrigues entre humains (Sweet Lies et sa naïve ritournelle vocodée) et arthropodes (le vrombissant et inquiétant Planetary). Des ambitions à plus large spectre, donc. Et un engagement périlleux, parce que difficile à maîtriser sur 14 titres, et pour lequel il devient primordial d'avoir en réserve de bonnes doses d'inspiration, sous peine de voir sa côte frôler le "5 contre 1."
En admettant que cet écueil soit partiellement évité (un morceau comme Psychaméléon a tout de même de bons relans de déprime post-paluchage), d'autres pointent à la surface (ces voix, bien tentées certes, mais d'une neutralité déconcertante, les deux artistes se partageant le micro sans qu'on puisse en distinguer l'un de l'autre) et, faute par endroit de vraies intuitions, sont même pris de plein fouet (les textes (!) de Solo City sont foncièrement obsolètes).
Après, au-delà de ces quelques écarts, ce troisième essai garde malgré tout une certaine tenue, le fait surtout d'une production classieuse (au casque, l'intro étrangement appelée Outskirts est limpide), portée par de belles pulsations analogiques et quelques cordes bien placées (Dusty Boots. ). Mais malheureusement insuffisantes pour contrebalancer la déception d'avoir cru dans les quelques idées fortes avancées par le duo - recherche d'équilibre entre mélodies calmes et rythmiques plus percussives, croisement des sonorités sèches et charnues, mélange d'introspection et d'exaltation festive (le drôle et déglingué Comacabana reste une belle synthèse de tout ça) - de les avoir pour ainsi dire désirées et de se retrouver au final avec l'impression d'avoir juste avalé une couleuvre des plus communes, de celles qu'on croise, souvent aplaties, au milieu de la route. Dommage.
(Retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)
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jeudi 24 juillet 2008
Leila "Blood, Looms & Blooms"
label / Warp Rds
distributeur / Id.
contact / L.[at]murdochspace.com
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des mots // du son
C'est bon de retrouver Leila. Surtout maintenant, quand tant de chroniqueurs clairvoyants se targuent d'être à l'écoute du dernier cri à venir, alors qu'ils ne sont, pour la plupart, que des vigies accros à l'immanquable, suspendues au bout d'une lorgnette sacrément étriquée. Oui, Blood, Looms & Blooms arrive à point. Voilà un disque à propos, idéal, parce que sans attache, n'annonçant rien, si ce n'est son refus d'être prudent. C'est un disque pour ceux qui n'en ont plus rien à braire de louper les bétaillères de la hype, ceux qui ne sont bien qu'en étant dépassés, largués par l'événementiel latent. Pour tous ceux qui s'éclatent à passer sur les côtés : autant de façons de se ménager encore quelques surprises.
Bien qu'entourée d'une belle brochette de calus - le fidèle Luca Santucci, Terry Hall paradant à la tête d'une revue de tigresses expérimentées comme Martina Topley-Bird ou Roya Arab la frangine ex-Archive canal historique - Leila n'a pas voulu donner dans la surenchère, mais plutôt s'associer à un entourage malléable et suffisamment libre pour se mettre au service de préoccupations mélodiques particulières autant qu'éclectiques (il fallait l'être, souple, pour s'insinuer dans ce Time To Blow dégingandé, hein Terry ?). Ainsi, la jeune Iranienne se démène comme une belle diablesse, sautant à pieds joints sur ces claviers - et tout ce qui lui passe par les mains et la tête - pour en extirper des instrus d'un autre monde qu'elle offre alors en partage à sa troupe.
Pour qui auraient suivi les pérégrinations de l'artiste rien de tellement surprenant dans tout ça. Peut-être même qu'à ceux-là, il leur faudra un peu plus de temps pour dépasser les angoisses que cet effet "redite" pourrait engendrer de prime abord (Deflect n'aurait pas détonné en 95 sur Maxinquaye , même s'il faut admettre que l'effet Martina joue ici à plein). Mais bon, une fois ce cap passé, c'est avec plaisir qu'on voit se dessiner d'autres possibles. On perçoit derrière cette ferme volonté d'écartèlements du langage musical, de l'électro-pop (Norvegian Woods,reprise ratée des Beatles ou le duo génial et bancal de Miss Bird & Mr Hall sur Why Should I) au dub (le très cool Teases Me) en passant par l'IDM (l'excellent Mettle ruisselant et ténébreux à souhait) et la musique orientale (le sulfureux Daisies, Cats and Spacemen où la voix suave de Roya fait fureur), une aventure sonore tout ce qu'il y a de plus ludique ( Little Acorns et son raggamuffin de moutards, Young Ones et son piano "live" défoncé à l'opium), hantée par cette folie qui anime souvent les jeux d'enfants, légère et grave à la fois (un peu comme sur ce superbe artwork où l'on retrouve la jeune fille à la bicyclette).
C'est ce paradoxe qui travaille au corps dès la première écoute. Une langueur triste qui semble tirailler notre artiste. Et Leila, pour s'en défaire ou du moins la maîtriser, de faire avec ce troisième album ce que toute personne normalement constituée - un adulte ! - serait tentée de proscrire : usurper la fonction usuelle des choses, la détourner et en explorer ses limites, histoire d'en rire en se faisant peur (les synthés bien marrant et kitsch sur Carplos finissent par être flippant, comme dans un vieux Giallo), et ne plus (s')ennuyer (loupé sur l'insupportable Ur Train où quelques effets spécieux faussement naïfs auraient pu être évités). Cette liberté de ton touchera ceux qui, de près comme de loin, connaissent la musique et se sont déjà surpris à vouloir la jouer de travers. Ceux qui, minots, ont toujours rêvé de désosser le piano du grand-père, ou d'explorer les capacités de résonances de la contrebasse du cousin.
Blood, Looms & Blooms, s'il n'est effectivement pas novateur, reste de ce haut niveau là, une espèce de retour d'âge ingrat nonchalant mais appuyé, une montée de sève salvatrice qui donne à ces quatorze titres une aura foncièrement attachante.
Ceci étant d'autant plus tangible quand on sait que tous ces morceaux sont restés enterrés jusqu'à ce que leur créatrice ait réussi à faire le deuil de ses parents trop tôt disparus, et décidé que si l'ouvrage devait être remis sur le métier, ce ne serait plus pour le tisser de larmes et de pleurs mais bien de son sang et de fleurs. Bon retour chez les vivants, Mademoiselle.
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