jeudi 22 octobre 2009
Fedaden "Broader"
distributeur / Id.
contact / F[at]murdochspace
dispo / 1
des mots // du son
Voilà deux façons assez différentes de jouer avec le feu : l'une visant à déclencher des braseros indomptables et à contempler la beauté du carnage en mouvement; l'autre, minutieuse, consiste à bâtir en allumettes des modèles réduits hyper complexes. Entre ces deux cas de figure, d'un côté les jeux risqués et de l'autre la construction pas à pas, l'electronica intelligente de Monsieur Fedabeille a le cœur qui balance : parsemant ses compositions de quelques instruments acoustiques - harpe, tintement métalliques, flûte - il s'adonne autant à la technique sur brûlis qu'au montage d'édifices chiadés.
Écouter Fedaden c'est se retrouver entre ces deux extrêmes, là où flotte cette excitante odeur de roussi. Ecouter ce Broader, c'est recevoir une ribambelle d'étincelles, sans pour autant se sentir victime d'une quelconque agression. D'abord parce que là, justement il n'ouvre pas le feu, mais l'attise. Il prône la lenteur de l'incandescence (l'imparable Verdad en ouverture fatale ou le plus rébarbatif titre éponyme) plutôt que le grand incendie. Travaillant sa musique au corps, il joue de sa densité, de ses recoins, de ses secrets (l'étrange Key) comme on souffle sur des braises.
Ensuite, et surtout, parce que notre pyromane n'ignore rien du phénomène de combustion, il sait depuis longtemps qu'elle demande de l'oxygène, il connait son besoin vitale de respirer. D'où chez lui cette constante remarquable : une musique faite de replis, nappée d'immobilité et de fléchissements impromptus puis inversement (Music Box est de cette trempe). Une musique riche en tension et en surprise, qui prend le temps de s'aérer (le magique final Contrecoeur), en devient bénéfique (l'épuré Vultures tout en bleep et cordes élégiaques) et rarement éprouvante (Lluvia fatigue pourtant un peu).
De Fedaden, on aura d'entrée de jeu apprécié cette manière de vouer la pratique musicale au déplacement des limites, cette faculté de battre en brèche sans scrupules les préjugés. Ainsi après Palabras, son précédent opus, d'une tonalité expérimentale très ambient et monochrome, il délaisse un peu son ordinateur et s'oriente avec ce Broader vers une electronica plus mobile, plus nuancée, parsemant le tout de quelques perles hybrides tantôt teintées d'un minimalisme acidulé de toute beauté, tantôt portées par de fastueuses notes classiques (Mélodie le bien nommé) voire littéralement pop (le magistral Danseur Inutile et la prose de Dominique A).
Loin de toutes sortes de pose, le Toulousain se garde bien de faire valoir une ligne artistique univoque et standard. Cet homme bifurque, fait volte-face et évite ainsi de sombrer dans la monotonie (14 titres en un peu plus d'une heure qui passent comme une lettre à la poste). Il avance, voilà tout.
Alors bien entendu, tout indique qu'il a écouté pléthores de franc-tireurs et autres bombardiers de l'électro d'hier et d'aujourd'hui (Vangelis,Boards of Canada, le petit Warp Illustré) mais sa musique a davantage d'imagination que de références.
Elle tire les leçons du passé plutôt que d'en rabâcher le contenu. Elle avance elle aussi.
Avancer, une bien belle résolution, non ? D'autant que la route vers le succès reste encore longue.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)
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mercredi 24 juin 2009
Gagarin "Adaptogen"
label / Geo records
distributeur / Import
contact / gagarin[at]murdochspace.com
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Gagarin sort sur son propre label Geo Records, ce nouveau disque : Adaptogen. Le point culminant de plusieurs années de créativité exacerbée pour cet explorateur insatiable. Un personnage au cursus bien rempli.
Batteur de formation, Graham Dowball a d'abord fait parti du groupe culte mancunien Ludus avant de travailler avec l'égérie rock Nico - oui celle du Velvet Underground - et des artistes aussi pointus et reconnus que John Cale ou Bill Pritchard, pour finir acolyte atitré du grand et ravagé David Thomas des non moins fracas Père Ubu.
Sur Adaptogen, Gagarin poursuit son travail de concepteur sonore et reste fidèle aux principes directeurs de ces précédentes sorties sous cette bannière spatiale. A savoir faire se confronter éléments urbains et pastoraux, modernisme glacial et luxuriance plus archaïque.
Des mélodies douces et planantes, zébrées de glitchs nerveux et de fields recordings, le tout saupoudré de drones et de distorsions acidulées constituent la trame d'un disque où programmation synthétique et improvisation plus organique se croisent sans cesse.Et s'il ne révolutionne pas le genre, Dowball est suffisament talentueux et ingénieux pour produire une musique qui ravira les férus de voyages en électronica.
De ceux qu'on faisait certes il y a déjà 20 ans en découvrant les planètes Warp et Rephlex, et après ?
Pourquoi se refuser de telles périples aujourd'hui ? Juste un casque sur les oreilles, l'esprit vagabond, les doigts de pied en éventail, tranquillement mais surement, comme on se baffre une madeleine, hein ? Pourquoi s'en priver ? Et la nostalgie camarades, merde à la fin !
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mardi 23 juin 2009
Bronnt Industries Kapital "Hard 4 Justice"
label / Get Physical Rds
distributeur / La Baleine
contact / BIK[at]murdochspace.com
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Bristol, Royaume-Uni. C'est là-bas que Bronnt Industries Kapital (BIK) remet le couvert et sort pour Get Physical Music, Hard For Justice, son nouvel opus. Une bonne nouvelle de revoir sous la lumière le duo Nick Talbot (Gravenhurst)/Guy Bartrell.
Quelle œuvre étrange que ce disque, un ensemble de mélodies
insidieuses, qui ne se laisse apprivoiser qu'à force de persévérance.
Difficile à classifier, cette musique fait preuve d'une puissance
cinématique considérable, et porte au pinacle, à sa façon toute
particulière - éclectique, subversive, sensuelle - ces bandes sons de
films où, de B à Z, Charles Bronson puis Steven Seagal gagnent toujours
à la fin, les martiens sont forcément verts avec trois yeux et sept
bras, les blondes, péroxydées bien entendu, portent haut et loin leurs
fortes poitrines pour se jeter immanquablement dans le piège du premier
psychopathe venu. Un must , c'est tout à fait ça.
Mais bien plus qu'un hommage qui reprendrait à la note près le boulot des Goblins pour Argento, celui de John Carpenter ou Stelvio Cipriani, BIK, à l'instar des Zombie Zombie ou dans une moindre mesure Baïkonour,
injecte dans ces musiques de nanars cultes une sacrée dose de
rythmiques kraut coupées aux effluves électroniques et acides d'un bon
vieux Commodore 64. Ce qui a le mérite de n ous faire franchement
jubiler.
Un must j'vous jure !!
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live in Mars')
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vendredi 15 mai 2009
Noone "Grenadine"
label / Bee Records
distributeur / La Baleine
contact / noone[at]murdochspace.com
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Noone, nouvelle signature de l'excellent label lyonnais BEE Rds (Paral-lel, Cosmos 70, SKNDR...) sort Grenadine son premier opus.
Et pour faire définitivement taire les vautours qui rêvent - parce que
c'est vicelard quand même ces volatiles - d'écouter enfin un disque
moisi étiqueté BEE ...dégagez moi de là, Noone ne sera pas votre exception, sa Grenadine a du goût. Et pan ! Dans ta gueule le charognard.
Minimaliste et rigolote, faussement naïve ou franchement orientée bac à
sable, cette musique est le fruit des élucubrations d'un drôle
d'élément perturbateur à la créativité débordante. Electronique jusqu'à
la moëlle, mélodieuse ou accidentée, elle sait se faire dansante comme
calme et enchanteresse.
Dans tous les cas de figure, ne tournant jamais en rond, triturée,
malaxée par ce savant fou, c'est une bombe surprise à la clé - de celle
qui qui vous pète à la gueule, genre le cadeau du Schtroumph Farceur.
On diagnostiquera donc un cerveau bien malade, malade d'une folie douce
amère qui est fraîchement charmante.
L'écouter c'est prendre son pied...juré craché !
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In' Marseille)
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Noone - Fatchococake live
envoyé par Beerecords - Regardez d'autres vidéos de musique.
mardi 28 avril 2009
Mira Calix "The Elephant In A Room"
distributeur / Id.
contact / M[at]murdochspace.com
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Cette dernière sortie chez Warp Records de Chantal Passamonte alias Mira Calix est dans la lignée de ses précédents travaux. Ces neuf titres s'inscrivent comme la deuxième étape d'un tryptique intitulé 3 Commissions. On trouve ici un ensemble de commandes, passées auprès de l'artiste par différentes instances culturelles, concernant deux opéras (Elephant & Castle et Dead Wedding) ainsi que la bande-son d'une installation vidéo (Memoryofamoment, deux mouvements d'une grâce folle retranscrits intégralement).
Mettant les cordes au centre des débats, The Elephant In The Room : 3 Commissions propage une certaine aura cinématique qui finit par lui sauver la mise. En effet, suite aux premières écoutes de ce qui restent malgré tout une compilation d'extraits tirés de spectacles à la base visuels, l'appropriation s'est quelque peu fait attendre.
Dépassée cette sensation d'éparpillement, la puissance évocatrice de l'ensemble aidant, on a pu laisser vagabonder notre imagination.
Cette dernière étant pour le coup vivement poussée dans de drôles de retranchements. De la douce rêverie (l'excellent Bowling4Strings, mélange de craquements électro semi-aquatiques, de bruits de quilles broyées et de cordes tendues) à de plus angoissantes visions (Death Below et son violoncelle hystérique).
On retrouve le savoir faire de la belle Afrikaner, une méthode déjà présente sur le premier volet de la trilogie, et dans une moindre mesure sur son dernier opus Eyes Set Against The Sun (collaboration fructueuse avec le Britten-Pears Orchestra). De sobres compositions électronica constellées d'enregistrements de petits bruits glanés aux environs (des sons urbains, une nouveauté), noyées dans des instrumentations baroques pour converger vers des parties chantées - lié évidemment au caractère opératique à la commande faite - qui focalisent toutes la force des extraits retenus par Mira (la palme revenant à Wedding List et ses incantations tantôt dépouillées tantôt trafiquées d'échos).
De cet ensemble somme toute extrêment minimaliste, ressortent des moments forts (The Chord Is Cut et l'introductif Roundabout),au moins autant que le regret de n'avoir pu assister à ces évènements. Et The Elephant In The Room : 3 Commissions d'apparaitre comme une nouvelle preuve du talent et de l'inventivité d'une artiste vraiment à part.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)
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mardi 10 mars 2009
Manrico Montero "Betweenness"
label / SEM label
distributeur / Id.
contact / MM[at]murdochspace.com
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Mexico City, mégalopole bouillonnante d'où nous arrive Manrico Montero, Betweenness son nouvel opus sous le bras.
Un magnifique album, signé chez la toute jeune maison SEM Label (on se souvient du surprenant Alexandre Navarro l'an passé avec son sublime Arcane), où s'embrassent cordes et cuivres, fields recordings et sonorités digitales. Superbe Lp où la poésie sobre - à l'instar de cet artwork rouge comme de l'argile sur fond blanc - et spleenétique n'a de cesse de rayonner tel un brasier qu'on sent brûlant et tourmenté à l'intérieur, mais que l'on sait bénéfique à l'extérieur.
Ce qui ressort de ces huit titres n'est rien d'autre que ça, un doux crépitement porté par un petit vent chaud. Et la preuve d'une maîtrise sonore sans faille, mis au service de l'émotion. Une quête d'épure assumée - travail d'une complexité considérable quand on voit le nombre de musiciens aux backgrounds si variés regroupés ici - pour un résultat minimaliste remarquable de précision et de finesse.
S'il ne devait n'y avoir qu'un exemple à citer pour illustrer cette fusion de technicité et de sensibilité ce serait peut-être Sky Flowers avec cette voix diaphane, celle de Vera Ostrova (croisée l'an passé dans un tout autre registre chez Armin Van Buuren), comme flottant au creux de mille nuages musicaux; tintements de vibraphone, craquements électroniques et bruits glanés au gré de flâneries attentives en constituant la trame. Un morceau troublant à vous coller au cœur et la peau cette sensation extrême et puissante d'avoir changé d'état. Du solide terre à terre - l'argile encore - au liquide écoulement d'une larme salée sur une joue nacrée.
Et ça, entre nous, c'est tout bonnement sublime.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Mars')
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vendredi 20 février 2009
Lodz "Heniek"
label / Tsuku Boshi
distributeur / Id.
contact / lodz[at]murdochspace.com
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Lodz, serait la "terre promise", d'après Wladislaw Reymont et Andrej Wajda (un écrivain et le cinéaste l'ayant adapté à l'écran). Une ville polonaise qui garde jalousement sa beauté malgré les mauvais coups de l'Histoire. Une cité qui ne permet qu'aux seuls observateurs attentifs de la découvrir, récompensant les persévérants de son charme et sa magie.
On pourrait en dire autant de Heniek, cette nouvelle sortie du label Tsuku Boshi, initiée par celle qui se fait aussi appeler Lodz.
Dès les premières notes de piano - instrument omniprésent sur cet album - on s'imagine aux portes d'un endroit, mi réel mi fantasmé, où s'estompe une ville et ses remugles historiques distendus dans les mouvements d'un air excessivement froid et pur. C'est là, aux confins d'un ailleurs sans nom, tout juste rêvé, qu'aurait bien pu éclore cette musique à part, il y a quelques éternités. Seulement voilà, Pauline "Lodz" Nadryczny, tout juste née d'un dernier orage, n'a rien d'une ancêtre. Ce qui toutefois ne l'empêche pas d'avoir une solide expérience dans l'hybridation sonore ( le projet Côme avec Tellemaque ou son duo avec Anne Sulikowski aka Building Castles Out Of Matchsticks), et, tout en ayant tourné sa musique vers l'avenir, d'accaparer un terrain de jeu marqué par les âges, étendu de Rilke à Apollinaire (dont les textes sont respectivement saupoudrés au fil des titres Cornette et Rhénanes), de Bartok (East) à Marin Marais (Hanna Rêve). Expérimentée et érudite, elle n'en fait pas pour autant une montagne, toutes ces références étant subtilement suggérées, en toute "implicité".
Compliqué alors de filer un cousinage pertinent, si ce n'est peut-être du côté de chez Colleen, Mira Calix et d'autres guérilleras des mutations soniques. Difficile à étiqueter, en somme. Tant mieux. On gagnera au change, face à l'émergence de ce petit bout de mystère. De ceux épais, que l'on espère en secret ne jamais lever, pour garder le plus longtemps possible la saveur de l'écoute de telles chansons - car c'est bien de cela qu'il s'agit - timides et complexes, portées par une voix un peu perdue, distante, comme floutée par un brume glaçante et enveloppante.
A peine susurrés, expirés, ces jolis mots éreintés par le temps, abreuvés d'éther, nous arrivent dans un même souffle portant à la fois une douleur et son baume. Non, tout n'est pas rose chez Lodz, une certaine noirceur imprégnant même le théâtre des opérations. Faite de chaos et d'errements, âpre et instable à l'intérieur, elle voile doucement de ses distorsions électroniques la candeur organique de ces bluettes fantomatiques (Maror).
Heniek est de ces contes étranges qui ne s'apprivoisent pas facilement mais qu'on aime écouter, à l'orée du sommeil, les laissant s'insinuer dans nos pensées ébauchées,et précipiter ces bribes de rêves dans des mondes improbables et intrigants. Entre quiétude et imprévus, mirage et vérité, cette musique, parmi les plus exigeantes et singulières du moment - à l'image de la ligne artistique d'un label tout aussi remarquable - pourrait bien réaliser l'exploit de nous réconcilier avec l'hiver. Un album de saison qui arrive à point, en quelque sorte.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)
mercredi 11 février 2009
Kelpe "Ex-Aquarium"
label / DC recordings
distributeur / La Baleine
contact / kelpe[at]murdochspace.com
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On peut s'attendre sans problème à ce que Kel McKeown aka Kelpe se soucie de la renommée comme de son premier charlet, lui qui assure avec brio les parties de batterie de ce nouvel opus signé chez les défricheurs de DC Recordings, label à l'actualité débordante cette année (les excellents Padded Cell notamment). De même on imagine que le lignage stylistique - Clark nouvelle mouture, Plaid, Four Tet...- ne le touche absolument pas. Enfin, les explications que l'on pourrait chercher au fait qu'il ait diversifié sa production, lui permettant ainsi de ratisser large et de passer sans sourciller du salon au dance-floor et vice-versa, doivent le laisser froid.
Après on vous parle de ça, mais qu'en sait-on finalement ? Encore une fois, tout n'est qu'élucubrations. Pauvre réflexe de raisonnement. Juste parce qu'on se retrouve au cœur de l'electronica, où en deux décennies bon nombre de voies ont été ouvertes par toute une horde de sherpas plus ou moins avisés. Disons le clairement, rien dans cet album ne va bouleverser l'ordre des choses, la hiérarchie restera en place. Mais l'ouvrage est à ce point soigné, laissant transpirer une inspiration de prodigalité et de joie, qu'on s'en imprègne avant tout avec délectation.
En gardant en ligne de mire ces influences lunatiques, qui n'ont jamais tranchées entre euphorie et introspection pour se poser là en termes de fondation, Kelpe jette un pont de singe, branlant mais bien arrimé, vers d'autres horizons (le post-punk de Bread Machine Bred est une bonne illustration). Résonne également, au détour de quelques
plages bien senties, un certain engouement jubilatoire, porteur
d'inventivité et d'une bonne dose de démesure (la malice proto-funk de Shipwreck Glue, ses balles de ping-pong, ses sons de cloches des alpages, fallait osé là !). L'Anglais jou(i)e de sa rythmique (l'electro-hip hop de Half Broken Harp), noie son beat dans des liqueurs mélodiques corsées (on se reprendrait bien une lampée de ce Cut It Upwards), se payant même la gaufre d'assumer sur la longueur son foisonnement d'idées. Bien joué.
Ainsi la bonne nouvelle dans cette histoire n'est pas seulement que McKeown assure la synthèse entre un background connoté et de nouvelles pistes de travail, dans un constant soucis d'hybridation (à découvrir à ce propos son remix sur le prochain Lp des revenants de Red Snapper) et de surprises. On appréciera tout autant le turnover, par ses audaces de partis pris (l'intégration de sessions instrumentales live par exemple), ses embardées downtempo (Skylla), insufflé à un genre - l'electronica - qu'on pouvait facilement imaginer, à terme, épinglé, cireux, au fronton du panthéon des musiques intelligentes.
On pensait que Kelpe nous annonçait avec ce titre - Ex-Aquarium - son désir de sortir la tronche de son bocal "électroniqué". On comprend
après quelques écoutes qu'il rêve ce dernier à ciel ouvert, et qu'il
s'y sent comme un poisson dans l'eau. Un exocet, prêt à décoller quand
ça lui prendra.
(A écouter Extraquarium album de remixes)
(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)
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mardi 14 octobre 2008
Pluxus "Solid State"
label / Kompakt
distributeur / Id.
contact / pluxus[at]murdochspace
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La vie d'un artiste peut parfois s'apparenter au déroulement sinueux d'une drôle d'arabesque, avec ses successions de hauts et de bas, qui font l'essence d'une discographie. D'autres fois elle ressemble plutôt à une longue session d'escalade créatrice, une lente progression marquée par une arrivée au zénith, d'où le cours des évènements s'effiloche jusqu'à s'inverser pour sombrer dans l'imparable et fatale chute.
Les Suédois de Pluxus ne connaîtront sans doute jamais ce genre de cheminements verticaux. A en juger par l'ensemble des disques intrigants (3 au compteur dont le dernier European Onion foisonnant Lp datant déjà de 2002) qu'ils ont distillé tranquillement
ces dix dernières années sur leur propre label Pluxemburg comme de ce Solid State, leur ultime mouture, rien ne semble indiquer le contraire. Pour eux ni pics ni abimes en vue. Ici d'ailleurs, tout jugement de valeurs ne se conçoit qu'horizontalement. Aux ascensions escarpées, nos Vikings ont préféré définitivement de moins périlleuses promenades sur la terre ferme.
En somme, cet album, ressorti cette année chez Kompakt, après une première tentative en 2006 par le biais de leur propre maison, s'est fait à la boussole, en prenant le temps de baliser les routes à suivre, quitte par moment à reculer pour aller ensuite de l'avant. Une règle qui rend bien compte de la démarche singulière de ces trois-là : plus maîtrisée et retenue , sobre et raffinée que de coutume.
De lignes de basses accidentées en rythmes de funambules, Solid State et ses dix titres oscillent en sécurité, entre downtempo et sonorités pop (l'introductif Transcient, premier single extrait), dans des atmosphères moelleuses et rondes, introspectives (le titre éponyme tout en noirceur éthérée) autant que dansantes (les très canons Bootstrap et Corrose) qui, si elles s'avèrent effectivement moins chamarrées qu'auparavant (pas d'Agent Tangent extravagant comme sur leur précédente sortie), ne donnent pas pour autant dans l'atonie.
En fait, on sent les Pluxus toujours fascinés par les expérimentations kaléidoscopiques (le lumineux et syncopé Kinoton pour preuve), acoustiques - ne serait-il d'ailleurs pas le premier groupe "guitare/batterie" signé chez Mayer & Co ? - comme digitales. A la nuance près que les sensations, toujours variées certes, se succèdent plus lentement, donnant à l'ensemble une tout autre inertie. De celle dont on peut prendre le temps de profiter, en s'acclimatant. S'en imprégner doucement mais surement, pour au final profiter d'un voyage gratifiant, moins ardu et mouvementé, mais tellement enrichissant. Juste ce qu'il fallait pour entrer puis sortir de l'été. Ni plus ni moins.
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jeudi 24 juillet 2008
Alaska In Winter "Dance Party In ..."
label / Regular Beat Rds
distributeur / Id.
contact / AIW[at]murdochspace
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Assisté par la tête chercheuse d'étoiles du one-man band Beirut, (un pote d'enfance), c'est les bagages gorgées d'idées de retour d'une retraite hivernale et méditative aux confins de l'Alaska, que Brandon Bethancourt rentre à Albuquerque aux côtés de la féline Heather Trost (A Hawk & A Hacksaw) et entreprend d'agencer les lieux de cette future Dance Party.
Le grand-nord américain dans la fournaise balkanique, des cèdres du Liban trempant dans le Rio Grande ? Attention mappemonde obligatoire ! Vite doublé d'un planisphère, le voyage en perspective s'extrapolant lentement mais surement hors la stratosphère avec comme seul véhicule une électronica à tiroirs tantôt synthétique, tantôt plus organique et toujours suggestive.
Un drôle d'objet que cet album.
Treize titres qui poussent à l'introspection. Et cet étrange phénomène, tout de même, que l'amitié.
Proches de longue date (cette histoire de Balkans, un délire de jeunesse, qui sait ?), Brandon et Zach ont surement depuis un bail appris à partager. Chose qui transpire de cet album, même si le démarrage (The Homeless and The Hummingbirds) ou les aléas d'une lecture qui aurait décidé de commencer par la fin (l'extraordinaire Close your Eyes - We are Blind), faisaient craindre une vampirisation cuivrée et esthétique du projet, tant la patte de Condon y est prégnante. Heureusement pour tout le monde, les équilibres se remettent d'aplomb, chacun apportant ce qu'il, semble-t-il, maîtrise le plus, pour au final, un rendu des plus singuliers : une balade bucolique dans un recoin du monde - et d'un cerveau - magnifiquement onirique et spleenétique.
Il ne fait alors aucun doute sur les sources d'inspiration du bonhomme. Les étendues à perte de vue et les matins calmes (Staring At the Sun et son crescendo clavier/voix), le climat (l'élégiaque Rain On Every Weekend et ses notes qui gouttent au piano ou les fields recording de Twenty Four Hours In Lake Of Ice donnent le frisson), l'amour blessé (l'hyper compressé Lovely Lovely Love et son vocoder étouffant comme les violons mélos, trop peut-être, de The Beautiful Burial Flowers We Will Never See), l'exil et la littérature (Don't Read Dostoyevsky et son piano à l'âme slave).
Des thèmes qui énoncés comme ça laissent présager d'une bonne déprime bien plombée à l'arrivée, mais qui abordés comme le fait Alaska In Winter - ivresse mélodique, nonchalance exaltée des voix avec un ou deux petits bémols sur leur traitement, immanquablement trafiquées et sur des textes un peu "cul-cul" par endroit, dommage ! - restent bizarrement d'une énergie vivifiante.
Mieux qu'une cure de Prozac, Dance Party In The Balkans vous laissera sur place, au milieu de la rue, sur un banc, dans un champ ou le métro, déposé comme une plume et si ce n'est serein, du moins conquis, les yeux fermés mais mouillés, à l'inverse de ceux écarquillés des badauds, qui en nage sous le caniar de mai auront bien du mal à s'expliquer pourquoi vous portez une chapka... blanche bien évidemment.
(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)
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