L’Oreille de Moscou

Une émission du Front de Libération de la Bande Fm

samedi 25 juillet 2009

Nonstop "J'ai rien compris..."

CD_Nonstop_2_smalllabel / Autoprod.

distributeur / Autodistro.

contact / fredo[at]murdochspace.com

dispo / 1



des mots // du son


Voilà du bel ouvrage. J'ai Rien Compris Mais Je Suis D'accord, nouveau projet de Nonstop est arrivé chez nous entouré d'un doux papier à torcher, double épaisseur. Deuxième album d'un gars, Fredo Roman,  pour qui le rentre dedans est probablement un style de vie.

Pour la petite histoire, ce disque n'a failli jamais arriver jusqu'ici, l'envoi promo initial ayant fait les frais du manque d'humour confirmé de certains postiers; les enveloppes customisées par Roman portant alors l'encart "J'encule la poste". Un geste qui s'il ne fit pas rire tout le monde, nous rappelait à quel point le mot concession n'avait vraiment rien à foutre ici. Et oui, Nonstop n'est pas parti pour s'arrêter.

Dédouané de toute tutelle matérielle et promotionnelle, Fredo et son frérot de bassiste (comme en 2005 sur Road Movie En Béquilles, la fratrie renfile les gants) font le boulot à la piaule, et s'adjoignent le cas échéant les compétences de Henning Specht (synthés) et de Serge Teyssot-Gay (guitare bien entendu). Ils produisent eux-même ces treize titres qui reprennent le combat où il avait été laissé, bien tanqué entre slam à la machette, hip-hop branque et rock pervers.
Ajoutant de ci, de là quelques touches plus introspectives qui dans l'ensemble et avec cet élan cathartique qu'on adore tant prendre, nous ont permis de continuer de chier sur les têtes de gondoles.

Oui, Fredo, le PQ était le bienvenu. De l'hygiène bordel !

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mardi 23 juin 2009

La Méthode "Les 99 Points Du Acké"

methlabel / Saba Prod.

distributeur / Id.

contact / Méthode[at]murdochspace.com

dispo / 1


des mots / du son


La Méthode sort son premier album. Un disque au titre bien mystérieux, Les 99 Points du Acké, porté par quatre gars dans le Mistral : Mister B.za, Kirikoo, K-méléon et Monock.

Avec ces gaziers-là on est loin très loin des clichetons "Rap de Cailleras" et autres "bling-blingueries" fétides. Positives vibrations en bandoulière, ces mecs sont là pour foutre un Maximun de bordel, en toute simplicité, avec ce second degré qui fait que le hip-hop est malgré toutes ses dérives encore et toujours un art debout. Rien que pour ça ils en valent la peine. Et ça ne s'arrête certainement pas là.

Ce combo est remarquable par la folie débordante qui l'habite (on pense aux premiers pas du Saïan époque KLR) et on est à peine surpris de trouver Dj Vadim derrière une instru (Maximum, un morceau qu'il a d'ailleurs intégré à son dernier album U Cant't Lurn Imaginashun signé chez les classieux BBE Rds). Le Russe qui en remet une couche en terme d'énergie et d'esprit foutraque, l'âme slave quoi !

Tout ça pour dire qu'avec ces 17 titres,  La Méthode, en met une en œuvre tout à fait singulière, faite d'humour et d'engagement, de fête et de punchlines à renverser du char d'assaut. Une approche qui n'appartient qu'à eux, et qui ne pourra vous laisser sans réaction.

Oui, un premier jet et déjà ça pue la réussite. Vont finir par en énerver quelques-uns ceux-là. Méfi !

(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live in Marseille)


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LVX Collective "50.5.10"

lvxlabel / Green Tea

distributeur / Import

contact / lvx[at]murdochspace.com

dispo / 1



des mots // du son


Tout se passe à L.A.. LVX Collective (prononcé LUX ) ou la rencontre entre deux artistes en quête de nouvelles vibes.

Dave Harrow, producteur prolifique croisé chez le fondu Lee "Scratch" Perry, et le MC Zen r.e.l.z.m. membre du collectif phare de l'underground angeleno, The Visonaries. Frondeur et précieux, LUX Co est surtout la preuve (dé)flagrante que l'ouverture en musique peut être payante sans passer pour autant pour du tapinage. Pressure Sounds, label dub-reggae de Londres, dont la réputation n'a plus de frontières, ne s'est pas trompé en les signant sur une de leur filiale, le label Green Tea. Bonne pioche les mecs !

50.5.10 est de ces sorties à la fluidité de saison, vous savez quand le printemps vous chauffe les épaules avant de devenir l'été.
Cet album est bel et bien dans ce registre, chaleureux sans jamais devenir brûlant (à l'instar de Days Like This, brassage canaille de dub et de hip-hop), oscillant tranquillement mais surement entre un trip-hop posé (Expressions), aux rythmes souls tranquilles (Happiness), à l'électronique barrée (Zion Train) sans angles contondants (l'introductif Wake Up où la voix affolante de la bombasse Goddess Azul fait résonner de drôles de sensations sous la ceinture), et un rap plus direct, aiguisé comme une lame (les flow kalachnikov de Zen et son accolyte Jah C sur Prime Directives),  porteur d'une énergie positive (Light Storm) qui sait aussi s'assombrir pour peser lourd sur l'ambiance (David's Hood), histoire de nous rappeler que finalement les beaux jours ne sont pas tout à fait encore là.

En définitive, on a là 15 titres nés d'un amalgame alléchant sur le papier, qui deviennent une combine gagnante une fois la galette pressée et insérée dans le mange disque. Bien joué.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live in Marseille)

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mercredi 6 mai 2009

O2Zen "sans.chantilly"

u3661585029823label / Autoproduit

distributeur / id

contact / O2Z[at]murdochspace.com

dispo / 1


des mots // du son


Bordeaux, une des villes rock par excellence, compte aussi parmi ces citoyens quelques groupes de rap tout à fait à part. O2Zen est de ceux-là et sort sans.chantilly, un album réjouissant, comme le sont ces galettes sans fioritures ni quête hardcore désuète dans la pose, dont le hip-hop a plus que jamais besoin.

Ce qui n'empêche pas ces gars et cette fille (cette danseuse, mes amis...ouch !) d'avoir gardé le sens de l'engagement. On retrouve quelques textes centrés sur l'actualité du quotidien - drogues, société ...- autant que sur les grandes thématiques que sont l'amour ou la mort. Rien de bien novateur, c'est certain, et encore, uniquement si on focalise sur cette petite description sur papelard. Parce qu'en substance et sur disque, O2zen a su rester pertinent et il faut admettre que lorsque c'est à ce point bien suivi par la rime, ça devient compliqué de ne pas accrocher.

Après, musicalement parlant, c'est mélodique et plutôt jazzy, bien roulé et classieux. Des ambiances qui coulent de source, sans en faire des kilos.

Au final, on est bel et bien perché sur le haut du panier, pas très loin des Rocé et autres Dgizhors.

O2Zen ..."comme la levrette, vigoureux et séduisant", pour sûr.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Marseille)


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mardi 31 mars 2009

Abraxxxas "Electron[s]"

med_albums_elektronslabel / IOT Rds

distributeur / id.

contact / Abrax[at]murdochspace.com

dispo / 1



des mots // du son


Abraxxxas revient après trois ans d'absence, du moins des bacs, avec son deuxième opus, signé chez les géniaux IOT records, label marseillais de qualité (jetez une oreille à leur Mongolia Expedisound, road trip musical ramené des steppes, remarquable).

Variant les plaisirs, notre MC part une fois encore au combat avec cette fois-ci une armada de quatorze producteurs - rien que ça - et quelques featurings de qualité dont entre autres, l'exalté Nikkfurie de La Caution (dont on attend le prochain Lp avec impatience).

Le résultat ce sont les seize titres d'Elektron[s], entre rap, drum'n'bass et dubstep . Un rendu brut de décoffrage, conscient et rugueux comme on aime. Il faut dire que l'expérience du lascar n'est pas innocente dans les choix et l'approche privilégié ici. Une décennie d'activisme à écumer les scènes hip-hop bien entendu, mais aussi les teknivals et autres free partys du globe sont effectivement une bonne base d'inspiration et d'influences.

En donnant cette couleur foncièrement électro et fortement politique à son disque, Abraxxxas fait preuve d'un certain détachement quant au nombrilisme latent du rap, une distance prise en tant qu'artiste qui en fait un personnage à part. Chose tout à fait saugrenu quand on sait d'où ce mouvement prend sa source.

Mais plutôt que de vous refaire un cours de géopolitique rapologique, on vous conseille de vous plonger dans cet album sans fioriture ni pose stylistique, puis d'écouter le bonhomme et sa rage - cette"colère créatrice" qui collectivement soulèvera un jour les monceaux d'ordures et d'injustice qui nous enserrent. Lui y croit, et nous donne envie d'en faire autant.

Carton plein !


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lundi 23 mars 2009

Copperpot "Wyla ?"

wylalabel / EV Rds

distributeur / Id.

contact / Cop[at]murdochspace.com

dispo / 1


des mots // du son


Daniel Kuypers aka Copperpot - ouais comme dans les Goonies - est un producteur originaire de Chicago. Il sort Wyla ?, une grosse session de crossover hip-hop pas piqué des vers.
En effet cet album, est largement ancré dans cette période faste , l'âge d'or du rap. Oui, c'est happy groove dans tous les halls, les bras en l'air , le fessier en transe.

Il rend ainsi un hommage vibrant à cette musique qui a su être positive, ludique, ouverte aux autres courants comme le reggae et le jazz. En somme, un mode d'expression bon pour le corps et l'esprit. Mais gare au raccourci, Wyla ? est bien plus qu'une montée nostalgique sans fond, c'est loin d'être un simple coup de dépoussiérage à la sauce revival mes couilles. c'est rien moins qu'un vrai vent de fraîcheur soufflé sur le panier à crabes des productions actuelles.

Et le fait qu'on retrouve aux côtés de notre producteur des pointures bardées de médailles pour service rendu à la Nation Hip Hop comme les MC Rodney P., Krs One ou encore Prince Po fait grimper le curseur "légitimité" dans la stratosphère. Ajoutez à cette clique de guedins, des musiciens hors normes, mavericks des temps modernes, explorateurs sonores devant l'éternel tel que Jeff Parker et Dan Bitney (ex-Tortoise) , ou encore le bassiste Josh Abrams (The Roots) et vous voyez avec quel niveau d'efficacité on se coltine.

Après vous me direz, "c'est sur le papier ton truc, les super-groupes qui font de la bouse on en connait un rayon". Certes. Alors, faites une chose, écoutez Wyla ? , mettez les pieds dans ce plat-là, et on en reparle.
Peace Love & Having Fun, mes amis !

(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In' MArs)

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samedi 7 mars 2009

Dälek "Gutter Tactics"

dalek_200_2label / Ipecac

distributeur / Southern

contact / dalek[at]murdochspace.com

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des mots // du son


Gutter Tactics ou comment devenir un as du trekking dans les catacombes. Pour sûr,avec des guides tels que les deux de Dälek (prononcez Dial-Ekt) - Mc Dälek & Dj Oktopus - loin d'être des bouts en train portés sur la gaudriole, la leçon risque d'être mémorable.

Expérience sonique sombre autant que puissante, le versant du Hip-Hop, vers lequel ces gars du New-Jersey vous ouvrent une voie tortueuse, pourrait aux prémices de son exploration, vous filer quelques vertiges et à la clé du contenu pour vos cauchemards. Pour peu que vous en étiez restés à croire que le rap n'était que "pimp-bling-bling-wesh-wesh-yo" et autres tapins en goguettes, c'est clairement ce qui vous pend au nez.

La noirceur de ce nouvel opus, dans la lignée du précédent Abandoned Language, le curseur "radicalité" poussé un poil plus loin (production anoxique au possible, animosité exacerbée), n'a d'égal que son originalité mystérieuse et bru(i)tal. A condition de ne plus avoir la trouille d'en découdre avec la musique.

Métallique, électrique et dissonante, cette dernière n'est que rupture et infraction. Un maelström infernal où de son flow de tubard, Mc Dälek combat à coups de rimes psychotiques, les riffs malsains et gluants de son producteur, hydre défoncée au goudron chantre du beat distordu, tout au long d'un album insondable. Onze titres envasés dans une grande flaque où tout peut arriver, un marécage sonore opaque et oppressant. Alors, à vos machettes, on ne sait jamais .

(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Marseille)

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vendredi 13 février 2009

Kawaii "Stylochord"

kawaiipochlabel / Monster K7

distributeur / id.

contact / kawaii[at]murdochspace.com

dispo / 1



des mots // du son


La crise du disque les Kawaii s'en brossent royalement. Stylochord leur dernière sortie en atteste. D'une part pressée en vinyl(un cd encarté est associé à la galette) et d'autre part, signée chez Monster K7, des fralés qui prônent la réhabilitation de la cassette audio. Si c'est pas une preuve, ça !

Mais revenons à l'objet : une face A instrumentale, une face B chantée (avec des invités tels que Orouni ou Bambino des Uncle Jelly Fish, entre autres), dans une pochette d'une classe folle. La folie étant, soit dit en passant, parmi les qualificatifs qui définissent assez bien ce duo d'allumés répondant aux doux sobriquets de Big Bisous et La Loutre (!).
Le packaging est affublé de marionnettes faites à la main, entre le Muppet Show et Téléchat.

Entre comique loufoque et dadaïsme. Au même titre que leur musique, faite de bric et de broc, un boxon musical agencé avec sérieux. Un paradoxe ? Peut-être et alors ? Rien à redire sur une démarche indépendante qui ne connait ni la peur ni la honte. Un pur geste artistique, et en sus un beau moment de magie.

Comme nous préviennent les notes de jaquette, si leurs morceaux sont joués avec des instruments de minots (xylophone, toy piano, hochet j'en passe et des foutraques), ça n'en fait certainement pas de la musique pour enfants. A base d'humour noir sur fond de hip-hop branque ou de rock distordu, les Kawaii et leur troupe proposent une vision bien à part de leur art, et par là, du monde. Fantaisiste et explosif, dangereux pour l'équilibre mental et tout bonnement extatique.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In')


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samedi 8 novembre 2008

Flying Lotus "Los Angeles"

23278label / Warp

distributeur / Id.

contact / FlyLo[at]murdochspace

dispo / 1



des mots // du son


A titre préventif, histoire d'avertir l'auditeur, sachez que quiconque traverserait sans prendre le temps de flâner, cet espace sonore agencé par l'homme que l'on nomme Flying Lotus, prendrait le risque d'en ressortir sans rien avoir perçu des splendeurs, pourtant conséquentes, qui le jonchent. En clair, les frappés du flash de la première écoute devront se rendre à l'évidence et se faire quelque peu violence, Los Angeles est de ces albums foisonnants qui se gagnent avec volonté, se méritent en somme, mais qui savent rendre sans compter le peu de temps qu'on leur aura concédé.

Mais attention, ne pas prendre Mr Elison pour le Kiloutou du beat. Non, chez lui on ne trouve pas de tout. Pas de ligne mélodique bien caractéristique auquel se rattacher,  encore moins de gimmick fédérateur, ni de featuring goguenard et surtout pas de tour de force intempestif (même si le rocambolesque Riot exagère un peu). Plutôt une atmosphère de fin de nuit, moite et touffue, nimbant une ville que l'on situe difficilement sur Terre, l'ensemble installé par une science terrifiante de la boucle, shootée aux sub-bass, à la fois singulière et exigeante, tout du moins suffisamment pour parvenir à charmer sans donner l'impression d'essayer de le faire.

Pour la plupart de ces 17 vignettes urbaines foutrement collantes, gluantes même,  l'élégance générale reste de mise (ces voix soul sur Testament et Auntie's Lock),  la rigueur de la production et la variété des pistes explorées par notre beatmaker en remettant une bonne couche : rythmes tribaux et percussifs s'emboîtant à des sonorités martiennes, mi-animales mi-mécaniques, dans une ambiance psychotropicale ravageuse qu'on n'a rarement sentie aussi parfumée (l'enchainement de GNG BNG et Parisian Goldfish exsude à plein tube, la bonne "tête" aux pistils gironds).

Au-delà d'agiter exclusivement le spectre du  promeneur solitaire trainant son ombre dans la mégalopole - on ne peut renier l'énorme plaisir pris à zoner avec ce son dans les oreilles - Los Angeles reflète à merveille, et par dessus tout, la folie douce qui semble habiter Fly Lo'. Et si cette dernière peut désarçonner  jusqu'à  l'embarras (le temps d'un Robertaflack bravache certes, mais franchement fatigant), elle génère de bons moments de prise de pied neuronale (Auntie's Harp et ses percussions hypnotiques est tout bonnement incroyable ).
Inutile de préciser qu'on se situe là, à mille bornes au-dessus du sol. On ne met pas non plus deux plombes à percuter qu'en fin de compte  Flying Lotus n'habite plus vraiment la Cité des Anges et que ce n'est plus depuis le pavé tant de fois arpenté qu'il s'adresse à elle, mais bien là-haut,  avec vue panoramique sur ses atours galopants et ramifiées, comme cette musique sait l'être. Tentaculaire et haut perchée, dans les étoiles exactement.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)

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mardi 5 août 2008

Hiks "Drum'n'Breizh"

67de8274a64f70d7d4981a2f776b660alabel / Aztec Musique

distributeur / Coop Breizh

contact / hiks[at]murdochspace.com

dispo /  1



des mots // du son


Voilà bien deux ans que Hiks avance sur le folklore ambiant, regardant la tradition droit dans son futur. Hiks est de ces groupes qui n'ont pas besoin de dire ce qu'ils sont, ni qui ils sont pour qu'au fond on le sache vraiment. Il marche sur un chemin qu'eux-même défrichent au cœur d'une campagne coincée entre ses pulsions novatrices, ses envies de modernités et ses racines sans âges, traversant des hameaux jusque là déserts, aux lucarnes voilées, où sont tapis des âmes, vives et frémissantes qui depuis trop longtemps,  ne demandaient qu'à se lever et courir les routes comme eux... avec eux. Pas question de fuite ici, ni de quitter les lieux mais bien de découvrir de quoi il en retourne, de quoi on est encore capable.

Pour ça, les gars de Hiks sont attendus maintenant, tous ceux qui ont entendus résonner les 10 mesures de Drum'n'Breizh, leur 1° opus, connaissent la musique, accros dorénavant à ce son sous influences. Une longue phrase souple comme du lin, douce comme les fêtes de la nuit, intrusive jusqu'à déclencher la plus intime des violences. Une phrase psychotrope, où bombardes, guitares et violon sont sertis de joyaux électro, basses vrombissantes et mots scandés en phrasé hip-hop, autant de parures chiadées, trophées d'orfèvres posées à même le front de gueux ivres de joie...Oui, tous y auront droit, un cadeau lancinant et brutal, qui bercera autant qu'il porte, soulève les foules.

Drum'n'Breizh est de cette force là, entier et volontaire, ancré ici et pourtant déjà là-bas, quand d'autres peine encore à démarrer. D'une puissance évocatrice rare , jaillissant toute entière de leur souffle, de leur doigts, cet album est un voyage sans retour, tout en glissements et extrapolation musicale, refrains et gammes biseautées où les bémols fumasses côtoient sans gêne des arpèges renversant d'électricité, à vous décoller la plèvre, vous dépuceler le cœur (Monts Tarrés, un sommet).
Travaillée jusqu'à la plus extrême des épures (un gros boulot de production en somme, exemplaire sur Branle Menu), cette musique ne fait jamais dans la linéarité simpliste, au contraire, en courbes et volutes irisées, c'est au plus près du battement de vos cortex qu'elle fonctionne, vous envoyant danser au-dessus d'un gouffre qui cache bien son nom (Moria). Et de ricochets en battements de plancher, vous extirpe de la réalité famélique du moment, cette menace qui ne se tait jamais, celle qui ne sait que dessiner des contours à la vie, poser des cadres et dicter à chacun ce qu'il est convenable de faire (Androgyne, intro cinématique aguicheuse au possible).

Non, Messieurs, Mesdames, Hiks ne donne pas dans ce genre de râtelier, et le prouve avec cette sortie, défendue becs et ongles sur scènes - il faut les voir partir au charbon, ce combat est magnifique - posant les jalons d'une route que l'on arpente sans se retourner, au bout de laquelle on sait qu'on finira bien par arriver tout de rage purgé, exténué, en sueur, les yeux trempés...mais bien vivants. Vivants et debout, oui c'est ça !

(retrouvez cette chronique chez nos amis de Live In Mars')

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