L’Oreille de Moscou

Une émission du Front de Libération de la Bande Fm

mercredi 11 février 2009

Minilogue "Animals"

23303label / Cocoon Rds

distributeur / La Baleine

contact / minilogue[at]murdochspace.com

dispo / 1


des mots // du son


A l'aune du XXI° siècle, Minilogue s'appelait aussi Son Kite et sortait alors un double LP psy-trance intitulé Minilogue. Huit ans plus tard, la trance se pare de minimalisme, l'éponyme devient patronyme, avec à la clé cette actu, la première sortie en long format (double et signée chez Sven Väth) sous cette nouvelle bannière.

Animals ne débarque donc pas de nulle part, son étourdissante fluidité finissant de dissiper les malentendus. Marcus Henricksson et Sebastian Mullaert sont dans le circuit électro depuis un moment, et leur musique s'est enrichie de leur parcours. De plus en plus labyrinthique, grisante, mais à force d'être accueillante, si promptement pressante. Depuis les débuts, et les premiers Eps signés en Suède (notamment chez Maskros Music), on avait déjà retenu une collection de sonorités déposées dans le creux de l'oreille par des mains expertes, excellant dans l'art de la confidence. On s'était dit que cette musique, composée à tant de distance, aurait pu habiter et crépiter ici, dans un coin. Impression confirmée depuis, et définitivement actée par Animals, avec lequel le duo atteint les sommets d'un art familier et pluriel.

Pas facile pourtant, de ne pas se laisser aller au modélisme bordélique et à l'échantillonnage foisonnant, quand on choisit de présenter un tel panel sonore. Mais difficile aussi dans cette posture, de ne pas sombrer dans l'hypertrophie conceptuelle, lorsque toute l'essence d'une idée - deux disques, deux ambiances - veut s'insinuer du milieu du dancefloor jusqu'à l'intimité introspective de l'auditoire. Ni bas du front, ni vaniteux, Animals, dans sa double acception (une partie tech house, l'autre plus ambient) est parfait, subtilement agencé à l'échelle humaine, sans calculs ni feintes. Ici, la musique n'est jamais victime d'un peinturlurage cosmétique, ni le prétexte à épingler du chromo sur le "avant c'était mieux". Pas de réactualisation malicieuse, de réactionnisme ou de "vintagisation" du propos chez les Minilogue. Juste la réappropriation d'un langage de peu de signes, et de beaucoup de nuances. Un langage résurgent que plus grand monde n'utilise, mais intelligible du plus grand nombre, comme inscrit dans l'inconscient collectif, reconnaissable dans l'instant, tant il parle clairement à la tête et/ou aux jambes.

Ainsi, à travers le prisme de cet Esperanto sonique, on comprend sans y réfléchir, pourquoi ces douces merveilles mélancoliques nous chavirent (City Lights rythmé par le pouls d'une ville en sommeil) ; on saisit sans se l'expliquer, comment ces pures bombes joviales nous mettent en âge (le tournoyant 33000 Honeybees, imparable). Rares sont ces occasions où, en recevant autant de vibrations, à la fois telluriques (Jamaica
  boucle hypnotique et matière en fusion) et spatiales (l'astral et hanté Swamp Op et son sax drogué), on n'ait pas à rougir de laisser ainsi prévaloir l'instinct et l'atavisme sur l'intellect. Il y a longtemps qu'on  n'avait pas trouvé si captivant et touchant, jouissif (enchâsser chaque titre des deux disques est une expérience de cet ordre) et bouleversant (le tryptique Stations) d'aborder par ce versant l'exploration d'un disque. Et bien oui, l'écoute animale, une première en ce qui nous concerne.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)

des images




Posté par Manooch à 03:09:00 PM - T.M.P.C.P. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


jeudi 30 octobre 2008

Detroit Grand Pubahs "Nuttin'Butt Funk"

dyn006_original_250_250_pjpeg_18368_22d558af63aaa240d4df7fe72b3524dclabel / DET.ELE.FUNK

distributeur / La Baleine

contact / DGB[at]murdochspace

dispo / 1



des mots // du son


C'est à Détroit que ça se passe. Paris The Black Fu et The Mysterious Mr O reprennent la route, attention préparez vous à pousser les meubles du salon. Cette musique là ne s'écoute pas dans un canapé. Ou alors dans de drôles de positions !
Oui ! Toi dont la libido - et le reste - est en berne depuis trop longtemps. Toi aussi avec les tétons inhibés. Oui, toi, là qui n'ose plus te palucher. Fini tout ça , le duo loufoquo-porno de Motor City est de retour. Même équipe, même sanctions : mains au panier et calcifs aux chevilles, genoux râpés et tours de rein, fractures de l'oeil droit et sourires jusqu'aux oreilles, la banane quoi !

Et si une chose est sûre, c'est bien que les Detroit Grand Pubahs ne se sont jamais réellement pris au sérieux. Ce n'est certainement pas avec cette dernière sortie, au titre au combien évocateur - Nuttin'Butt Funk - que les choses risquent de changer. Ces déjantés assurent une nouvelle fois le "chaud".

Chantre d'une techno au mélange unique, fidèle aux fondamentaux qui hissèrent la musique électronique de leur ville à l'échelon planétaire, ces deux lascars salaces s'éclatent à la propulser par delà la stratosphère avec une flamboyance et un sens de l'humour indéniable. Souvent en dessous de la ceinture, toujours aussi scabreux, parfois même engagé (Rollin’ Papers & Bush), peut-être un peu plus spatial que de coutume - fondamentalement festif , en somme - ce troisième opus, attendu depuis bientôt trois ans, est signé sur leur propre label Det.Ele.Funk (Detroit Electro Funk) et offre une palette de sons et de styles diversifiés à l'excès . Bizarre, non ?

Deep-house locale (Skydive From Venus), techno turgescente et booty bass (50,000 Legions), électro-funk huilée et musclée (Butt Market, ce titre... tout un poème ! ouchy !) rien n'y échappe. Les quelques sketchs débilo-trash enchâssés tous les 2 ou 3 morceaux nous rappelant, pour peu qu'on l'ait oublié, qu'on était quand même là, sur le dance-floor, pour s'en payer une bonne tranche.

Alors, les aminches, pensez à vous étirer ou sortez les jumelles, va y avoir de la chair fraîche à remuer sur le parterre. Mais méfi, Messieurs, Mesdames, on écoute, on ne touche pas !!

des images




Detroit Grand Pubahs - Live@RESET#01 [30.03.2007]
envoyé par Thundard


Posté par Manooch à 05:45:00 PM - Les Espionnés - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

vendredi 5 septembre 2008

Loco Dice "7 Dunham Place"

23236label / Desolat Rds

distributeur / id.

contact / Loco[at]murdochspace.com

dispo / 1




des mots // du son


New York. La Ville par excellence, et toute sa frénésie c'est ce qui préfigurait le 1er album de Loco Dice, producteur reconnu de house minimale venu de Dusseldorf. Pour tout vous dire, on se méfiait un brin du concept annoncé. Le coup du "I am a German Man in NY" très peu pour nous. Mais on a fini par se laisser transporter par la démarche du bonhomme et ses révérences à la cité américaine.

7 Dunham Place est l'adresse à Brooklyn du loft où Dice et son compagnon de toujours Martin Buttrich (le son de Timo Maas c'est lui) décident de délocaliser leur studio, histoire de donner corps à un vieux fantasme : s'immerger dans la fureur de la vie new-yorkaise et créer. D'une adresse, cela deviendra tout logiquement le titre de ce premier long format, signé sur Desolat Recordings qui n'est autre que le label crée l'an dernier par L.D.. Une affaire en totale autarcie, donc. Evitant avec classe l'écueil très vite fatigant de la rétrospective énumératrice, il nous fait part avec finesse de sa rencontre avec cette mégalopole mythique, à travers 9 morceaux, portés par une production, suante de groove, rugueuse dans les coins - le travail derrière ses machines de Buttrich y est surement pour beaucoup - qui ne sont rien d'autres que l'expression plurielle de leur ressenti face à l'immensité vertigineuse de ce monstre d'urbanité.

D'une approche très émotionnelle, chose de plus en plus rare dans la house minimale, cette dernière fait ici le dos rond (le spatial Tigh Laces), se teinte de jazz (La Esquina et son piano tout embobiné de boucles ronflantes), de hip-hop (le gouailleur Pimp Jackson Is Talkin Now, un hommage aux premiers amours du monsieur quand il s'appelait alors Dice Corleone et qu'il ouvrait pour Snoop Dog) ou de dub (M train To Brooklyn, final hypnotique). Là, elle joue la mélancolie et l'errance (le vrombissant et sexué Consequently Excentric And Delicate), ou tout simplement donne dans le contemplatif (les yeux dans le vide, perché sur le toit du loft dans Got Leaks In The Roof) voire le narratif (Breakfast At Nina's, la pluie derrière la vitre, les effluves acres de café). Loin de jouer au tour operator, Loco Dice propose un véritable carnet de route sonore, chaleureux et habile, sincère et personnel. Un succès.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)

des images


Posté par Manooch à 03:09:00 PM - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,
« Accueil  1