L’Oreille de Moscou

Une émission du Front de Libération de la Bande Fm

mardi 28 avril 2009

Mira Calix "The Elephant In A Room"

23360label / Warp

distributeur / Id.

contact / M[at]murdochspace.com

dispo / 1


des mots // du son


Cette dernière sortie chez Warp Records de Chantal Passamonte alias Mira Calix est dans la lignée de ses précédents travaux. Ces neuf titres s'inscrivent comme la deuxième étape d'un tryptique intitulé 3 Commissions. On trouve ici un ensemble de commandes, passées auprès de l'artiste par différentes instances culturelles, concernant deux opéras (Elephant & Castle et Dead Wedding) ainsi que la bande-son d'une installation vidéo (Memoryofamoment,  deux mouvements d'une grâce folle retranscrits intégralement).

Mettant les cordes au centre des débats, The Elephant In The Room : 3 Commissions propage une certaine aura cinématique qui finit par lui sauver la mise. En effet, suite aux premières écoutes de ce qui restent malgré tout une compilation d'extraits tirés de spectacles à la base visuels, l'appropriation s'est quelque peu fait attendre.

Dépassée cette sensation d'éparpillement, la puissance évocatrice de l'ensemble aidant, on a pu laisser vagabonder notre imagination. Cette dernière étant pour le coup vivement poussée dans de drôles de retranchements. De la douce rêverie (l'excellent Bowling4Strings, mélange de craquements électro semi-aquatiques, de bruits de quilles broyées et de cordes tendues) à de plus angoissantes visions (Death Below et son violoncelle hystérique).

On retrouve le savoir faire de la belle Afrikaner, une méthode déjà présente sur le premier volet de la trilogie, et dans une moindre mesure sur son dernier opus Eyes Set Against The Sun (collaboration fructueuse avec le Britten-Pears Orchestra). De sobres compositions électronica constellées d'enregistrements de petits bruits glanés aux environs (des sons urbains, une nouveauté), noyées dans des instrumentations baroques pour converger vers des parties chantées -  lié évidemment au caractère opératique  à la commande faite - qui focalisent toutes la force des extraits retenus par Mira (la palme revenant à Wedding List et ses incantations tantôt dépouillées tantôt trafiquées d'échos).

De cet ensemble somme toute extrêment minimaliste, ressortent des moments forts (The Chord Is Cut et l'introductif Roundabout),au moins autant que le regret de n'avoir pu assister à ces évènements. Et The Elephant In The Room : 3 Commissions d'apparaitre comme une nouvelle preuve du talent et de l'inventivité d'une artiste vraiment à part.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)


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samedi 8 novembre 2008

Flying Lotus "Los Angeles"

23278label / Warp

distributeur / Id.

contact / FlyLo[at]murdochspace

dispo / 1



des mots // du son


A titre préventif, histoire d'avertir l'auditeur, sachez que quiconque traverserait sans prendre le temps de flâner, cet espace sonore agencé par l'homme que l'on nomme Flying Lotus, prendrait le risque d'en ressortir sans rien avoir perçu des splendeurs, pourtant conséquentes, qui le jonchent. En clair, les frappés du flash de la première écoute devront se rendre à l'évidence et se faire quelque peu violence, Los Angeles est de ces albums foisonnants qui se gagnent avec volonté, se méritent en somme, mais qui savent rendre sans compter le peu de temps qu'on leur aura concédé.

Mais attention, ne pas prendre Mr Elison pour le Kiloutou du beat. Non, chez lui on ne trouve pas de tout. Pas de ligne mélodique bien caractéristique auquel se rattacher,  encore moins de gimmick fédérateur, ni de featuring goguenard et surtout pas de tour de force intempestif (même si le rocambolesque Riot exagère un peu). Plutôt une atmosphère de fin de nuit, moite et touffue, nimbant une ville que l'on situe difficilement sur Terre, l'ensemble installé par une science terrifiante de la boucle, shootée aux sub-bass, à la fois singulière et exigeante, tout du moins suffisamment pour parvenir à charmer sans donner l'impression d'essayer de le faire.

Pour la plupart de ces 17 vignettes urbaines foutrement collantes, gluantes même,  l'élégance générale reste de mise (ces voix soul sur Testament et Auntie's Lock),  la rigueur de la production et la variété des pistes explorées par notre beatmaker en remettant une bonne couche : rythmes tribaux et percussifs s'emboîtant à des sonorités martiennes, mi-animales mi-mécaniques, dans une ambiance psychotropicale ravageuse qu'on n'a rarement sentie aussi parfumée (l'enchainement de GNG BNG et Parisian Goldfish exsude à plein tube, la bonne "tête" aux pistils gironds).

Au-delà d'agiter exclusivement le spectre du  promeneur solitaire trainant son ombre dans la mégalopole - on ne peut renier l'énorme plaisir pris à zoner avec ce son dans les oreilles - Los Angeles reflète à merveille, et par dessus tout, la folie douce qui semble habiter Fly Lo'. Et si cette dernière peut désarçonner  jusqu'à  l'embarras (le temps d'un Robertaflack bravache certes, mais franchement fatigant), elle génère de bons moments de prise de pied neuronale (Auntie's Harp et ses percussions hypnotiques est tout bonnement incroyable ).
Inutile de préciser qu'on se situe là, à mille bornes au-dessus du sol. On ne met pas non plus deux plombes à percuter qu'en fin de compte  Flying Lotus n'habite plus vraiment la Cité des Anges et que ce n'est plus depuis le pavé tant de fois arpenté qu'il s'adresse à elle, mais bien là-haut,  avec vue panoramique sur ses atours galopants et ramifiées, comme cette musique sait l'être. Tentaculaire et haut perchée, dans les étoiles exactement.

(retrouvez cette chronique chez nos amis de dMute)

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Posté par Manooch à 12:50:00 PM - T.M.P.C.P. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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jeudi 24 juillet 2008

Leila "Blood, Looms & Blooms"

23249label / Warp Rds

distributeur / Id.

contact / L.[at]murdochspace.com

dispo / 1



des mots // du son


C'est bon de retrouver Leila. Surtout maintenant, quand tant de chroniqueurs clairvoyants se targuent d'être à l'écoute du   dernier cri à venir, alors qu'ils ne sont, pour la plupart, que des vigies accros à l'immanquable, suspendues au bout d'une lorgnette sacrément étriquée. Oui, Blood, Looms & Blooms arrive à point. Voilà un disque à propos, idéal, parce que sans attache, n'annonçant rien, si ce n'est son refus d'être prudent. C'est un disque pour ceux qui n'en ont plus rien à braire de louper les bétaillères  de la hype, ceux qui ne sont bien qu'en étant dépassés, largués par l'événementiel latent. Pour tous ceux qui s'éclatent à passer sur les côtés : autant de façons de se ménager encore quelques surprises.

Bien qu'entourée d'une belle brochette de calus - le fidèle Luca Santucci, Terry Hall paradant à la tête d'une revue de tigresses expérimentées comme 
Martina Topley-Bird ou Roya Arab la frangine ex-Archive canal historique - Leila n'a pas voulu donner dans la surenchère, mais plutôt s'associer à un entourage malléable et suffisamment libre pour se mettre au service de préoccupations mélodiques particulières autant qu'éclectiques (il fallait l'être, souple, pour s'insinuer dans ce Time To Blow dégingandé, hein Terry ?). Ainsi, la jeune Iranienne se démène comme une belle diablesse, sautant à pieds joints sur ces claviers - et tout ce qui lui passe par les mains et la tête - pour en extirper des instrus d'un autre monde qu'elle offre alors en partage à sa troupe.

Pour qui auraient suivi les pérégrinations de l'artiste rien de tellement surprenant dans tout ça. Peut-être même qu'à ceux-là, il leur faudra un peu plus de temps pour dépasser les angoisses que cet effet "redite" pourrait engendrer de prime abord (Deflect
n'aurait pas détonné en 95 sur Maxinquaye , même s'il faut admettre que l'effet Martina joue ici à plein). Mais bon, une fois ce cap passé, c'est avec plaisir qu'on voit se dessiner d'autres possibles. On perçoit derrière cette ferme volonté d'écartèlements du langage musical, de l'électro-pop (Norvegian Woods,reprise ratée des Beatles ou le duo génial et bancal de Miss Bird & Mr Hall sur Why Should I) au dub (le très cool Teases Me) en passant par l'IDM (l'excellent Mettle ruisselant et ténébreux à souhait) et la musique orientale (le sulfureux Daisies, Cats and Spacemen où la voix suave de Roya fait fureur), une aventure sonore tout ce qu'il y a de plus ludique ( Little Acorns et son raggamuffin de moutards, Young Ones et son piano "live" défoncé à l'opium), hantée par cette folie qui anime souvent les jeux d'enfants, légère et grave à la fois (un peu comme sur ce superbe artwork où l'on retrouve la jeune fille à la bicyclette).

C'est ce paradoxe qui travaille au corps dès la première écoute. Une langueur triste qui semble tirailler notre artiste. Et Leila, pour s'en défaire ou du moins la maîtriser, de faire avec ce troisième album ce que toute personne normalement constituée - un adulte ! - serait tentée de proscrire : usurper la fonction usuelle des choses, la détourner et en explorer ses limites, histoire d'en rire en se faisant peur (les synthés bien marrant et kitsch sur Carplos finissent par être flippant, comme dans un vieux Giallo), et ne plus (s')ennuyer (loupé sur l'insupportable Ur Train où quelques effets spécieux faussement naïfs auraient pu être évités). Cette liberté de ton touchera ceux qui, de près comme de loin, connaissent la musique et se sont déjà surpris à vouloir la jouer de travers. Ceux qui, minots, ont toujours rêvé de désosser le piano du grand-père, ou d'explorer les capacités de résonances de la contrebasse du cousin.

Blood, Looms & Blooms, s'il n'est effectivement pas novateur, reste de ce haut niveau là, une espèce de retour d'âge ingrat nonchalant mais appuyé, une montée de sève salvatrice qui donne à ces quatorze titres une aura foncièrement attachante. Ceci étant d'autant plus tangible quand on sait que tous ces morceaux sont restés enterrés jusqu'à ce que leur créatrice ait réussi à faire le deuil de ses parents trop tôt disparus, et décidé que si l'ouvrage devait être remis sur le métier, ce ne serait plus pour le tisser de larmes et de pleurs mais bien de son sang et de fleurs. Bon retour chez les vivants, Mademoiselle.

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Posté par Manooch à 01:04:00 PM - T.M.P.C.P. - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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