L’Oreille de Moscou

lundi 20 novembre 2017

Howlin'Grassman vs Stompin'Bigfoot

 

grassman

label / Autoprod

distributeur / Autodistro

contact / HG & SB

 

des mots


 

J'adore le jeu des filiations imaginaires. C'est un peu le gimmick du gars qui gratte du papier pour parler de musique. Tu vois bien , genre Leonard Cohen et Lee Marvin ont eu un fils, il s'appelle Nick Cave. Nick Cave et Patti Smith ont eu une fille, elle s'appelle Pj Harvey (certes, là, ça sent l'Oedipe à plein nez). Tu captes ?
En écoutant l'incandescent cinq titres du Two-Men Band Howlin'Grassman vs Stompin'Bigfoot, on a voulu jouer au même jeu : imagine les avoir un rejeton ! Nooon ! Impossible, trop dangereux ! Déjà, l'assemblage des deux avait de quoi inquiéter. Ne serait-ce que pour l'avenir de la P.M.A., un cataclysme chez les militants !

Plus sérieusement, doit on encore te présenter les coyotes ? Etienne Grass aka Grassman (Electric Bazar Cie), Lionel Mauguen aka BigFoot (OKO, Gypsy Burek). Ces deux-là se sont surement rencontrés il y a un bail, au fond d'un rade de Brest, autour d'un picon et d'un vieux bootleg de Screamin'Jay Hawkins. Et c'est certainement à force d'écumer des hectolitres de houblons et des kilomètres de bitume, jouant de scènes interlopes en boui-bouis scabreux que l'idée de leur duo maléfique est née. Avec elle, ces cinq morceaux tous aussi diaboliques.

Une grosse tendance blues-rock s'en dégage, au sens large dirons-nous, entre psychobilly, soul et trash-country. De la musique roots, oui, mais les deux doigts dans la prise et les pieds dans le cambouis. Une musique aux formes fantasmatiques, étranges tubercules soniques, qui évoquent certains Lp paranormaux de Tom Waits ou Captain Beefheart.

En vrai, ce disque est plutôt un truc à trois (là, c'est clair, la P.M.A. c'est cuit !), il doit beaucoup à la production précise et sauvage de Denis Guéguin du label brestois OFFORON Records (Congo, Les Blousons, c'est chez eux), habitué du free jazz biberonné à la noise. Et ça se sent.
Il y a ici de vrais et grands moments de magie noire sonores, de l'alchimie vaudou psychotrope, brute et décapente, jamais bourrine, toujours "high level". On en sort furieux et hagards. En âge et en transe.


OPEN THE CAGE, baby...OPEN YOUR CAGE !!

 

du son


 

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mercredi 15 novembre 2017

Killing Flies "s/t"

 

kf

 

label / Autoprod

distributeur / Autodistro

contact / KF

 

des mots


Et voilà ! Un disque sublime et agité. Hirsutes, hallucinés et brûlés jusqu'à l'os, la Francilienne Sophie Perez (Tulla Larsen) et l'Australien Glenn Burns (Womnal, Burn In Hell) ancrent leurs textes habités à une interzone brumeuse d'une chaîne rouillée qui ne demande qu'à rompre sous les coups de butoir d'un blues-rock des plus cramés. Travaillés à deux sur les scènes les plus fumeuses de France et de Navarre (nous en fûmes !), c'est sur disque avec un groupe de quatre musiciens au taquet que les Killing Flies prennent leur envol en annonçant la couleur :

"Feed Me Vodka, Feed Me Wine
We'll Have That Last Drink
One More Time"

Fanfare possédée, en marche psychiatrique, les pieds dans la pénombre, ces hobos déglingués avancent à coeur ouvert. Pas une once de chiqué, pas une seconde de provoc' gratuite : les Killing Flies incarnent trop leur musique, bave aux lèvres et regards cinglés, pour douter de la sincérité inquiétante de ces chansons où le diable claudique et éructe ses cantiques maudits, le visage crépi de boue, de foutre et des larmes d'un(e) autre.
S'immerger dans ce disque, rien de plus simple. Là où ça se complique c'est quand il faut en sortir, s'en défaire. Intrusives, invasives, appuyant chaque mot, chaque note, leurs deux voix en fusion parfaite vous percuteront et vous hanteront jusqu'à l'obsession.

Fascinant voyage dans les méandres de leurs cerveaux cabossés où l'amour et la violence dansent sur les tables, brisent du verre et se saoûlent jusqu'à plus soif, cette musique nous offre un aller sans retour pour une terra incognita qu'on fantasmait depuis si longtemps, et où on ne cessera plus désormais de se perdre.

Merci à eux de nous avoir ouvert en grand les portes de ce monde interlope qui interrogent nos sens et défrichent au chalumeau le champ des possibles des bringues à venir : sauvages, psychotropes et bouillantes ! BLAM !!

 

du son


 

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vendredi 10 novembre 2017

LOU "Le Seul Moment"

LOU

 

label / ADCA & T.REC

distributeur / L'Autre Distribution

contact / LOU

 

des mots


Avec elle, il est primordial de se méfier des apparences. Douce et polie, le regard limpide et les fossettes de l'enfance affutées, LOU est une chamane. De celles qui savent tout d'expérience, qui n'ont pas besoin d'en rajouter, de celles qui ont remonté le grand fleuve des chansons jusqu'à la source - on n'y vient pas par hasard, on n'ira pas plus loin.

Voilà un moment qu'on suit cette voix, murmure parmi les murmures du monde, tranquille et désolée, guérie mais pas idemne. Une voix intense, aiguisée. Une voix-dague mais qui caresse. Presque austère, parce qu'élémentaire. On se dit qu'on a déjà entendu ça quelque part. Ou peut-être bien dans une autre vie. C'est comme ça depuis le début. Cette impression - elle m'impressionne tant ! - cette sensation d'avoir rencontré un être à part, détaché, évanescent, toujours en équilibre instable entre la fêlure et la grâce qui, par accident ou bien alors pour tromper la mort, s'est, à s'arracher les sangs, amouraché de la vie. Vous savez, cette grande ordonnatrice du temps qui passe, de la création aussi.

Tout ceci n'est qu'intuitif bien sûr, je ne connais pas personnellement LOU, je ne connais que les disques qu'elle nous écrit. Et avec sa dernière mouture, l'intuition s'est renforcée, immanquablement, au fur et à mesure des écoutes de ses neuf poèmes sonores (pour n'en citer qu'un , magistral Il Y A Un Arbre, où l'on saluera aussi le travail de production d'un JC Versari très inspiré, tendance Hurleurs époque Blottie). Des chansons qu'on sent liées à une histoire personnelle forte, échos pluriels de quelque chose de très ancien, de vierge, pur et autarcique : les brumes du paradis perdu.

Neuf titres comme autant de variations sur le thème de la vie qui file jouées sur fond de spleen (les ambiances tissées par Mahut sont parfaites). Une vie kaléidoscope où les sens à loisir se perdent, prisonniers de ces textes forgés à l'essence d'une langue superbe de dépouillement et de retenus ; prose d'une enivrante mélancolie susurrée aux esgourdes du bonheur, ce voyou qui s'apprivoise, qui vous fait exulter et jouir après vous avoir débarrassé, le temps d'un instant, de toute pesanteur terrestre.
Oui, porter la musique de LOU à ses oreilles n'est pas anondin. Et alors ? Portez la pour ne plus vous réveiller de ce rêve unique. Quelle pied de s'alanguir avec elle sur cette barque à la dérive, atteindre le nadir, ne plus bouger. Et si toute chose à une fin, si l'impermanence mène sa danse, s'en foutre...Profitez, du début à la fin et inversement, de ce moment. Votre Seul Moment. Merci LOU.

 

du son


 

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mardi 17 octobre 2017

Warsaw Village Band "Sun Celebration"

 

COVER SUN CELEBRATION

 

label / Jaro Medien

distributeur / L'Autre Distribution

contact / Metisse Music

 

 

des mots


 

Voici une musique sous sa plus pure forme : aventureuse et plantureuse, libre de toutes accointances marketées.
Warsaw Village Band (WVB) est certainement l'un des groupes folkloriques les plus inventifs du Vieux Continent. Leurs compositions basées sur d'anciens thèmes traditionnels polonais trouvent appui ici sur d'autres musiques aux origines bien plus éloignées : le Moyen, l'Extrême Orient et le cosmos aussi. Le soleil et la lune sont les facteurs d'influences indéniables de ce projet.

Sur ce disque astral s'il en est, et en fin de compte dans toute l'oeuvre du WVB (18 ans de vie et sept Lps), leur son en a fini avec la rigidité que sous-entend trop souvent l'"appellation folklorique controlée". Le langage comme les méthodes de sa production y sont incroyablement ouverts, déliés, proches en cela du jazz ou de la musique indienne (la présence du virtuose du Sarangui, Ustad Liaquat Ali Khan n'est plus un mystère).

C'est un univers de créativité sans limite qui s'agrandit au fur et à mesure de son exploration. De fait, la musique qui en découle n'est pas comme on pourrait le croire retranchée sur elle-même, codifiée jusqu'à l'imbitable, et difficilement accessible pour les non-cooptés. La preuve irréfutable avec ce double Lp on ne peut plus mystique qui offre un vaste royaume en work in progress, un monde sonore où la tradition est en perpétuelle refondation, où la seule idée de purisme est tout bonnement banni.

De retour sur disque, les sept du WVB sont donc épaulés ici par une fine garde rapprochée de chanteu(r)ses et de multi-instrumentistes de haute volée : la Galicienne Mercedes Peon, Kayhan Kalhor le kamikaze du kamanche iranien, Dj Feel-X le mage du scratch, l'altiste compatriote issu de l'Atom String Quartet de Varsovie Michal Zaborski ou encore le membre des Dhoad Gypsies From Rajahstan et son harmonium possédé Sanjay Khan. Rien que ça !

Tout ce petit peuple se laisse porter par une inspiration vagabonde qui l'entraine haut très haut, autant du côté des musiques de transes tribales ou plus contemporaines que de l'improvisation épurée du blues ou de l'énergie des danses d'Europe de l'Est.
Mais attention, nimbé d'une folle élégance, ce Sun Celebration est loin de n'être qu'une habile succession en cascade de dérapages contrôlés : si le WVB se plait à partir ainsi dans ces décors des plus chamarés, c'est pour y tracer avec une précision chirurgicale des lignes de fuite spatio-temporelles qui donnent à cette musique une profondeur de champ - de chant (!) - à nulle autre pareille.
Ainsi, par sa pluralité, celle-ci affirme-t-elle son identité : sans cesse différente et pour toujours universelle. Avec cette somptueuse célébration en deux actes, WVB fait bien mieux qu'entretenir la flamme d'un folklore ancestral : il en ravive le coeur dans un feu de joie qui rayonne et illumine jusqu'au firmament. Sublime !

 

du son


 



 

L'OREILLE de MOSCOU...LE RETOUR !!!

 

 

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FINIE

La PARENTHESE DEZINGUEE

ON REPREND

nos OPERATIONS TEXTUELLES

d'ESPIONNAGE SONIQUE !!!

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