L’Oreille de Moscou

mercredi 6 juin 2018

The New Year "Snow"

new-year-snow

 

label / Grand Hotel Van Cleef

distributeur / Id.

contact / TNY

 
 

des mots


Petite douche écossaise dans les chaumières : le soleil est revenu puis reparti. Oui, la neurasthénie a encore maintes nuits devant elle. Ce qui est d'autant plus tangible que l'un de ses plus fidèles dévots, disparu depuis bientôt dix ans de nos radars, revient en effet dans un état nonchalamment charmeur, ce goût pour la lenteur si caractéristique toujours et encore chevillé au corps. Un concept qui depuis leur début n'a jamais cessé de nous électriser.

Déjà, quand ils s'appelaient Bedhead, les frères Kadane savaient y faire niveau colère rentrée. Devenu depuis The New Year, on n'attendait plus grand chose d'eux - neuf ans c'est long tout de même ! Et puis v'là t'y pas qu'on apprend qu'un nouveau disque est dans les bacs (enfin nouveau, il a un an maintenant le petit) et qu'il s'appelle Snow. Nickel comme titre, quel timing météorologique ! Le slowcore n'a jamais été aussi bon que sous le ciel laiteux d'une absence de printemps.

Globalement, The New Year n'a pas vraiment changé. Ce groupe (toujours épaulé aux manettes par Steve Albini et par le bassiste Mike Donofrio et le génial batteur Chris Brokaw à la baguette également chez Codeine) a su gardé ce même parfum d'éther qui lui colle si bien à la couenne.
Rendu délicieusement entêtant par une interprétation bien sentie, cette fragrance se mêle admirablement aux effluves de l'air du temps, enveloppant chaque recoin de la pièce aussi lentement qu'inexorablement. Et ma foi, ça fait du bien, un peu de torpeur dans ce monde de brute. Merci les frangins !

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du son


 

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Adrian Crowley "Dark Eyed Messenger"

crowley

label / Chemikal Underground

distributeur / Id.

contact / AC

 
 

des mots


Le premier morceau du nouveau Lp d’Adrian Crowley s’appelle Wish. Et de toute évidence, c’est bien un de nos souhaits qui vient d’être exaucé. Celui de voir cet artiste sortir de sa zone de confort où régnait jusque là une pop-folk un brin mélancolique, il faut l’avouer plutôt efficace mais peut-être un peu redondante depuis quelques années. Après, il n’y a pas grand chose à redire non plus sur la discographie du bonhomme. C’est du classieux ! Et, ma foi, ça continue de l’être sur ce Dark Eyed Messenger.

Alors, qui est donc ce génie sorti de l’ampli à lampe venu bousculer notre Irlandais dans ses habitudes ? Et bien, il s’agit de Thomas Bartlett, membre de Doveman au côté entre autres de Sam Amidon, pianiste chez les revivalistes irlandais de The Gloaming. Celui-là même qui, en son temps, vint réchauffer de ses blanches et de ses croches la noirceur des voix du tout Brooklyn, celle de Matt Berninger et son National en tête (un pote de tessiture soit dit en passant).

Propulsé maître d’oeuvre du huitième édifice de l’architecte Crowley, Bartlett est venu avec ses idées de production : moins de guitares, mais toujours des cordes, frappées dans un bain de réverb’ qui donnent une sensation de luxuriance feutrée à l’ensemble. Avec elles, c’est vers de nouveaux horizons que s’envolent les histoires surréalistes et spleenétiques du chanteur. Des histoires toujours hantées des même spectres, devant autant à la tristesse renfrognée de Thomas Hardy qu’à la noirceur gothique du Melmoth du Révérend Mathurin.

Ayant, à mon humble avis, définitivement soldé tous comptes avec la gloire promise, Crowley sort donc du bois serein, avec ce bouquet de onze roses noires. Cent fois caressées, cent fois humées, ce genre de fleurs, pop-songs poétiques et intimes, ont eu par le passé trop souvent tendance à se faner rapidement. Pas ici. Elles se surprennent, une fois de plus, à tressaillir, à vibrer, la voix et les mots troublants du crooner jouant à plein dans ce frémissement. Quel plaisir il a du prendre à sentir sa musique, devenue sans vouloir trop lui manquer de respect, un quelque peu frigide, vibrer à nouveau de la sorte. On ne le remerciera jamais assez d’avoir su ainsi faire (re)vivre cette sensation si douce. Celles des plaisirs inédits.

Alors, pour la musique, et surtout pour nous : merci l’Artiste !

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Michael Wookey "Hollywood Hex"

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label / We Are Unique Rds

distributeur / Id.

contact / MW

 
 

des mots


 

 S'il était nécessaire de faire au plus vite, pris qu'on serait par l'urgence d'une actualité brûlante, on se contenterait bien, en guise de billet sur le deuxième Lp de Michael Wookey, de renvoyer lecteurs et lectrices à quelques bouquins traitant de la musique pop sous ses formes les plus ouvragées. et particulièrement aux pages consacrés aux cerveaux intranquilles qui s'escrimèrent à la monter en épingle.
Pour faire bonne mesure, on citerait quelques noms d'instruments chelous, on dresserait une liste érudite de personnages rares et immanquables - James Mercer et ses Shines, Peter Milton et ses Apartments, Stephin Merritt & ses Magnetic Fields...
Et on synthétiserait tout ça, un brin faux derche, en vantant l'incomensurable beauté de ce Hollywood Hex, sa faculté étonnante à sublimer le pataquès de références sus-tartinées. Un petit nombres d'avertis ne se bousculerait qu'à peine pour choper la galette, et le reste des autres s'en foutrait royalement, plongeant ce disque dans les affres d'une indifférence sèche et crasse où git déjà son excellent prédécesseur, Submarine Dreams.
Après tout ça, on pourrait tranquille se tirer sur la nouille, convaincu d'avoir senti le chef-d'oeuvre envers et contre tous, naïvement satisfait du devoir un brin bâclé mais accompli.

Néanmoins, vu qu'en fait la pression de l'actualité ne nous fait ni chaud ni froid, qu'en fin de compte on a grave le temps - travailler moins pour chroniquer plus, notre credo ! - on va tout reprendre à zéro.
Parce que Michael Wookey et sa clique (toute l'équipe du label We Are Unique records, Margaret Leng Tan la reine du Toy Piano et proche de John Cage, les Hiddentracks sans leur Angil, The Section Quartet aux cordes croisées chez Danny Elfman, Kanye West, Devendrah Banhart) valent mieux que ça, mieux que cette copie bêtement torchée, mieux que ce name-dropping aveugle auquel leur musique précieuse prête si soyeusement les hanches.
Parce que Wookey, a contrario, est de ces musiciens rares qui n'ont pas abdiqué la part onirique et ludique de leur pratique artistique, poussant cette logique fantasmatique dans des coinstots improbables. D'où cet album, une pièce montée concise - loin des pâtisseries hideuses qui jonchent sa jaquette - et onze titres en un peu plus d'une demi heure. Pour autant rien n'est fait par dessus la jambe : plus de cinq ans de boulot tout de même. Chaque minute qui s'écoule porte son lot d'incroyables mélodies ciselées de mille petits bouts, agencées autour de mots acidulés, ironiques, doux-amer que rien ne semblent pouvoir perturber. C'est plutôt nous, auditeurs captifs, qui finissons par être désarçonnés par une telle débauche de bon goût, un tel étalage de talent.

Il faut écouter toutes ses musiciennes et musiciens s'en donner à coeur joie, partant de rien - quelques tintinnabulations, quelques craquements, quelques insultes aussi - à la conquête de l'espace, submergeant leur chanteur, lui tissant un tapis volant aux motifs modernes et inédits, une carpette inspirée sur laquelle la gravité n'a jamais pu frapper.
Il faut croquer dans ce Hollywood Hex de bout en bout. Mille-feuilles sonores qui du papier d'Arménie ont la fragrance subtile et la légèreté, ces chansons s'embrasent et se consument, se consomment sans la moindre modération. Un vrai délice !

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Banditos "Visionland"

banditos

label / Bloodshot Rds

distributeur / Id.

contact / B

 
 

des mots


Voilà un disque qui une fois de plus nous a tapé dans l'oreille parce que dynamitant les codes du genre qui l'inspire - à savoir ici le rock sudiste américain - pour frôler plusieurs fois l'extase. Rien que ça. Ils s'appellent Banditos,  originaires de Birmingham en Alabama, ils nous parlent aujourd'hui depuis Nashville.

Découvert à la fin de l'été dernier ce disque voluptueux nous a sauvé d'un automne devenu un hiver bien trop long, et pourrait bien rester accroché encore quelques saisons à nos esgourdes affamées.
Banditos, c'est avant tout deux voix : celle de Mary Beth Richardson (un mix vocal entre Patsy Cline, Amy Winehouse et Janis Joplin...bim !) et Corey Parsons. Autour, un banjo enjoué, celui de Stephen Pierce, et un gratteux bien psyché, Jeffrey Salter. A la section rythmique : Randy Wade à la batterie et Dany Vines, le dernier arrivé, à la basse. Une belle bande d'outlaws supersoniques, bien décidée à pousser le Southern Rock dans ses retranchements. Et pour tout dire, ils y ont mis du coeur.

Ce qui caractérise ce deuxième Lp des Banditos, c'est son côté boîte de Pandore. Tu l'ouvres , et blam ! T'exploses à la gueule toute une enfilade de titres divers et variés.
Du groove comme sorti des studios Muscle Shoals, de l'acid-rock bien 60's, du boogie à dépoiler tout le ZZ Top, un mojo punk-blues à retourner toute la clique de Burger Records et Fat Possum réunie, du garage né d'un bootleg de Jonathan Richman qui aurait pris la tête du Velvet. Le résultat est atomique. Orchestrations panoramiques possédées par des riffs de Telecasters sauvages et volubiles, rythmiques trempées dans le bayou, vocaux polyphoniques à l'unisson, tantôt romantiques tantôt carrément hystériques, chaque morceau tire son épingle du jeu, porté par la production tonitruante de Nash (Israel) & Young (Ted). ça ne s'invente pas !

Ces six-là, vous l'aurez compris, font souffler un vent frais et neuf - une tempête ! - sur le rock sudiste, un genre un brin plombé et poussiéreux.
Un disque formidable que ce Visionland qui emprunte son nom à un parc d'attraction ayant fait faillite par chez eux. Vous voyez le message : la réalité peut bien s'effondrer, restent les rêves ! Et quel meilleur véhicule pour nos rêves résiliants que la folle musique des Banditos. Thérapie improbable et imparable contre tous les burn & bore Out du globe. Un putain d'antidépresseur doublé d'un puissant psychotrope. Alors, comme dirait l'autre : "Don't Bogart The Joint !! Y'a du monde sur la corde à linge !"

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mercredi 16 mai 2018

Left Lane Cruiser "Claw Machine Wizard"

leftlanecruiser

label / AliveNaturalSounds Rds

distributeur / Id.

contact / LLC

 
 

des mots


C'est ça le blues d'aujourd'hui. Une paire de slackers qui joue heavy et vite. Un duo qui signe son dixième album chez les toujours très bon Alive Natural Sounds Records. Onze titres en saillies lapidaires et brut de décoffrage balancés comme on siffle une bière. On s'essuie d'un revers de manche, un rot et blam ! On s'en ouvre une autre...Avec les dents ! Oui, c'est ça le blues moderne : celui des Left Lane Cruiser (LLC).

Une musique commandée par la chair, le sang et les tripes. L'instinct aussi. Tout ça ne peut qu'être une histoire de magie atavique, un truc vaudou ! Sinon comment expliquer qu'au fond de l'Indiana ils jouent le même blues animal et spontané que ces vieux blues-men en copeaux et exaltés du Delta du Mississippi, avec cette même rage sur douze mesures. Comment expliquer qu'à les écouter cramer leur boogie toutes les barbes du ZZ Top finissent de roussir ? Par quel prodige arrivent-ils à, plaquer avec autant de naturel ces accords vermoulus sur ces rythmes antédiluviens, en jouant comme les plus hystériques des punks ? Non, sérieux, y'a quelque chose de pas net là-dedans !

Sur ce Claw Machine Wizard le son est sans concession, à la fois bien gras et contondant, jamais souffreteux, dévastateur tout simplement. Une sorte de reformulation du blues-rock sauce Lo-Fi. Cette musique souvent vue comme moribonde renaît ici sous leur coup de boutoir garage. Mais attention, ces deux-là ne préparent aucun grand soir du rock. L'ordre de choses sera ce qu'il sera ! Point barre. C'est vrai quoi ! Et si pour une fois le changement ce n'était pas maintenant ? Si la banalité avait valeur de principe, d'évidence, et devenait subversive ? C'est clair que cette galette ne se démarque pas plus que ça des précédentes sorties de LLC -un son globalement moins crado peut-être - mais elle s'en détache malgré tout par son intensité hors norme, et cette faculté d'appliquer en même temps à tous ces riffs séminaux, l'ascèse du blues des origines, la force des amplis bloqués sur 11 et cette jouissive folie désinvolte qui nous hurle, en substance : "On s'en bas lèc'!!". Énorme !

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