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des mots


Après que chacun de ses membres soit allé voir ailleurs s’ils y étaient, Mermonte se retrouve réuni au grand complet, remonté comme jamais. Faut dire que, depuis la sortie en 2014 d’Audiorama, personne n’a lambiné en route. Pendant quatre années, Ghislain Fracapane et tout ce petit monde se sont abreuvés à diverses sources, toutes plus potables les unes qe les autres : là le Bumpkin Island (All Was Bright, chez Les Disques Normal, 2017) ou Mha (Le Lien Ep encore chez Le Disque Normal, 2016), ici Lady Jane (The Youngest Was The Least Loved chez Beast Rds, 2014) ou encore Carrière Solo (La Nota Sensibile Ep chez Beko, 2017).

Autant d’expériences (studios et scèniques) qui n’ont pu qu’enrichir la musique de Mermonte, comme à l’époque la gestation et la naissance d’Audiorama avaient pu aider et pousser à la création des disques et des lives des groupes sus-cités. Une sorte de va-et-vient collectif. Véritable ressac créatif et nourissier. Ce qui se vérifie - une fois de plus ! est-on tenté de s’exclamer - avec la sortie chez Room Rds de ce troisième lp : Mouvement.

Enchevêtrement assez unique sur le Vieux Continent de post-rock autarcique autant que cathartique, de rythmiques Kraut pour le moins mathématiques et de cette matière pop si particulière, incandescente , orchestrale et hautement éthérée. Toujours nimbée d’une brume alchimique ostensiblement opaque, la musique du Mermonte nouveau a donc gardé toutes ses spécificités, le curseur ayant malgré tout été poussé encore un peu plus loin dans la quête d’apesanteur. Leur credo, définitivement !

Une chose est certaine, c’est que chez cette joyeuse clique, et ce Mouvement en apporte encore la preuve irréfutable, ce sont bien les expérimentations mélodiques imparables, les greffes soniques improbables bien calées entre sérendipité et recherche fondamentale qui concentrent toutes les attentions. L’objectif : exploser les harmonies en poudre volatile, sculpter en arabesques les vapeurs flottantes au-dessus du rock une musique - qu’on a appelé faute d’idées vraiment sérieuses, "post-rock" - à la fois déboussolée et cadrée par une myriades de points cardinaux tels l’Hotel2Tango, le Cargo Culte, la Kosmiche Musik, la musique sérielle, les incantations polyphoniques ou encore la pop astrale des 90’s.

Globalement, les Rennais ont le regard et l’écoute qui portent aux quatre vents, rarement fixés, si ce n’est face au miroir idéal de leurs rêves atmosphériques dont ils ont consignés chacun des plans de vols dans ces douze titres. Douze plans-séquences fantasmatiques. Douze mouvements parmi les plus envoûtants, les plus hauts perchés et les mieux fréquentés du moment. On y croise Laetitia Sadier de Stereolab, Dominique A, les fantômes de John "Blind Thomas" Fahey ou Trish Keenan. Excusez du peu !

Ainsi, tout en gardant le cap de leurs précédents voyages sonores, Mermonte en renouvelle la trame formelle et sa panoblie chromatique et aromatique, avec ce même entêtement originel de toujours privilégier le sensuel sur le cérébral, la matière mouvante sur la manière. Magistral !


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